Au Portugal, avoir une assurance vie n’est pas un risque, c’est d’avoir le mauvais contrat pour votre nouvelle résidence fiscale. Beaucoup d’expatriés découvrent trop tard la mécanique : rachat = imposition sur les gains, avantages après 5 ans et 8 ans, mais seulement si la règle des 35% est respectée. Dans ce guide, vous allez comprendre quel contrat choisir (France ou international), comment calculer votre net après impôt, et quelles déclarations ne pas rater (Modelo 3, Anexo J, comptes étrangers), sans oublier la transmission. Objectif : décider vite, proprement, et sans friction. Commençons par ce que l’enveloppe vous permet concrètement.
Sommaire
Les points clés à retenir :
- Deux options structurantes : conserver une assurance vie française ou ouvrir un contrat international (type luxembourgeois) pensé pour la mobilité.
- Portugal = fiscalité à la sortie : vous êtes imposé sur les gains au moment du rachat, avec un levier central 5 ans / 8 ans (taux effectifs nettement réduits après 8 ans).
- Piège technique à connaître : l’avantage 5/8 ans dépend de la règle des 35% de primes versées dans la première moitié de vie du contrat ; sinon, l’optimisation peut sauter.
- Déclarations Portugal : rachat et revenus étrangers via Modelo 3 + Anexo J + attention à l’identification des comptes étrangers (IBAN/BIC) pour rester conforme.
- Succession simplifiée côté Portugal : transmission souvent 0% pour conjoint et enfants, mais la coordination France–Portugal et une clause bénéficiaire bien rédigée restent décisives pour une famille internationale.
Assurance vie et expatriation au Portugal : pourquoi est-ce incontournable ?
S’installer au Portugal ne change pas seulement votre adresse. Cela change votre résidence fiscale, vos habitudes bancaires, et parfois votre monnaie de référence. Dans ce contexte, l’assurance vie (et plus encore sa version “internationale”) n’est pas un produit de plus. C’est une enveloppe patrimoniale qui vous aide à garder une stratégie cohérente malgré le déménagement.
Plutôt que de multiplier les comptes, les courtiers et les règles, vous regroupez vos investissements dans un cadre unique, avec une gouvernance claire. Vous évitez surtout le piège classique de l’expatriation : prendre des décisions “urgentes” (ouvrir, fermer, transférer) qui deviennent coûteuses à corriger plus tard.
Enveloppe portable : investir sans casser sa stratégie
Beaucoup d’outils d’épargne sont “locaux” par nature. Ils fonctionnent bien tant que vous restez dans le même cadre administratif. Dès que vous changez de pays, ils deviennent parfois rigides, voire inutilisables. L’assurance vie fait l’inverse : elle est conçue pour capitaliser dans le temps, sans vous obliger à liquider vos positions au premier changement de résidence.
Concrètement, vous conservez une logique d’investissement stable : allocation, diversification, rééquilibrages. Vous évitez de reconstruire votre portefeuille à zéro, avec de nouveaux intermédiaires, de nouvelles interfaces, et une nouvelle paperasse. C’est un peu la différence entre déménager avec une valise… ou avec une maison entière à démonter.
Multi-devises : protéger son pouvoir d’achat (et sa mobilité)
Au Portugal, vos dépenses sont en euros. Mais votre patrimoine peut être exposé à d’autres zones : dollar, livre, franc suisse, ou marchés internationaux. Une architecture multi-devises (selon le contrat) permet de piloter l’exposition à certaines monnaies, plutôt que de la subir via votre banque ou un seul compte domestique.
L’intérêt n’est pas de “spéculer sur les devises”. L’intérêt est de réduire une dépendance. Si une partie de votre avenir se joue hors de la zone euro (études d’un enfant à l’étranger, achat futur, mobilité professionnelle), raisonner en multi-devises peut rendre votre stratégie plus robuste. Vous gardez de la souplesse, sans multiplier les comptes dans chaque pays.
Conserver son assurance vie française ou ouvrir un contrat international ?
Une fois résident fiscal au Portugal, vous avez deux chemins rationnels : garder votre contrat français (souvent par inertie ou pour préserver l’historique) ou ouvrir une assurance vie internationale (souvent luxembourgeoise) pensée pour la mobilité. Le “bon” choix dépend moins du produit que de la mécanique fiscale et de la simplicité administrative que vous voulez obtenir.
Peut-on légalement conserver un contrat français en vivant au Portugal ?
Oui. Rien n’interdit à un résident fiscal portugais de détenir une assurance vie de droit français. Et, selon les assureurs, il est parfois aussi possible de souscrire depuis le Portugal (cadre UE / libre prestation), même si, en pratique, tous ne l’acceptent pas.
La vraie limite n’est donc pas juridique : elle est opérationnelle. Beaucoup d’établissements français deviennent plus prudents avec les non-résidents (conformité, KYC, justificatifs, fiscalité), ce qui peut se traduire par :
- restrictions de versements complémentaires,
- arbitrages plus encadrés,
- demandes documentaires plus fréquentes,
- délais plus longs sur certaines opérations.
Autrement dit : vous pouvez garder, mais votre contrat n’est pas toujours “conçu” pour votre nouvelle vie administrative.
Les limites du contrat français : retenue à la source et complexité administrative
Le point clé, ce n’est pas “le rendement” : c’est la mécanique fiscale et déclarative.
Risque de retenue/ prélèvement en France lors d’un rachat : sur un contrat français, lors d’un rachat, la France peut appliquer un prélèvement à la source sur la quote-part de gains, avec un traitement qui dépend :
- de votre statut de non-résident,
- de la convention fiscale France–Portugal,
- et des justificatifs fournis (certificat de résidence fiscale, formulaires, etc.).
Déclaration au Portugal + articulation via crédit d’impôt (selon cas) : le Portugal taxera ensuite les gains selon ses règles (c’est lui votre État de résidence). Résultat fréquent : vous vous retrouvez avec deux étages à gérer (France à la sortie + Portugal à l’arrivée), puis une imputation (crédit) ou un mécanisme d’élimination de la double imposition à appliquer correctement.
Une complexité “sans valeur ajoutée” : ce n’est pas forcément plus d’impôt au final… mais c’est souvent :
- plus de paperasse,
- plus de risques d’erreur,
- plus de délais,
- et une visibilité moindre sur le “net en poche”.
L’assurance vie Luxembourgeoise : neutralité fiscale et portabilité réelle
L’assurance vie luxembourgeoise est souvent privilégiée par les expatriés pour une raison simple : elle est structurée pour que la fiscalité se joue principalement dans le pays de résidence.
- Neutralité fiscale à l’émission : en pratique, il n’y a généralement pas de retenue locale “automatique” au Luxembourg pour un résident portugais ; vous déclarez vos gains au Portugal, point.
- Portabilité réelle : si vous quittez le Portugal demain (Espagne, UK, Asie), le contrat est pensé pour suivre votre mobilité sans devoir être fermé “parce que vous avez déménagé”.
- Architecture internationale : multi-devises, ingénierie de clause bénéficiaire plus souple, et cadre souvent plus confortable pour les situations patrimoniales multi-pays.
L’idée n’est pas de dire “Luxembourg = magique”, mais : Luxembourg = moins de friction quand votre vie, votre fiscalité et parfois votre famille traversent les frontières.
Fiscalité des rachats au Portugal : la règle d’or des 5 et 8 ans
C’est le point que la plupart des expatriés cherchent : combien vais-je payer si je fais un rachat, et comment réduire la facture ? Au Portugal, la logique est très lisible : vous êtes imposé au moment du rachat (ou de l’échéance), sur les gains, avec un avantage fiscal fort après 5 ans puis après 8 ans… mais uniquement si un critère technique est respecté (la règle des 35%).
Le fonctionnement de l’impôt sur les gains (IRS)
Au Portugal, les gains issus d’une assurance vie (notamment “unit-linked”) sont en principe classés en revenus de capitaux (Category E) et imposés en IRS. La base taxable correspond à une formule simple : Gains = montant reçu – primes versées (la “plus-value” du contrat).
Le taux “standard” le plus courant sur ces revenus de capitaux est la taxa liberatória à 28% (avec, dans certains cas, la possibilité d’opter pour l’agrégation/“englobamento”, mais ce n’est pas le cas le plus fréquent).
Comment réduire l’impôt de 60% (l’avantage après 8 ans)
Le Portugal prévoit une exclusion partielle des gains de l’assiette imposable, selon l’âge du contrat au moment du rachat :
- Avant 5 ans : 100% des gains restent taxables (pas d’abattement)
- Entre 5 et 8 ans : seulement 80% des gains sont taxables (20% exclus)
- Après 8 ans : seulement 40% des gains sont taxables (60% exclus)
Comme le taux de référence est souvent 28%, ça donne des taux effectifs très parlants :
- 0–5 ans : 28% effectif
- 5–8 ans : 28% × 80% = 22,4% effectif
- 8 ans : 28% × 40% = 11,2% effectif
C’est exactement ce que les gens appellent “réduire l’impôt de 60%” : ce n’est pas le taux qui baisse, c’est la part de gains imposable qui est amputée de 60% après 8 ans.
Attention au piège technique : la règle des 35% de versement
L’avantage 5/8 ans (80% puis 40% taxable) ne s’applique que si le contrat est suffisamment “front-loaded” : au moins 35% des primes doivent avoir été versées pendant la première moitié de la durée du contrat.
Si cette condition n’est pas respectée, l’administration peut considérer que la réduction ne s’applique pas : vous retombez sur une taxation plein pot des gains (même après 8 ans), ce qui détruit l’intérêt fiscal attendu.
Ce que ça implique concrètement (exemple simple) :
Contrat “10 ans” : la “première moitié” = les 5 premières années.
Il faut que ≥ 35% de toutes vos primes aient été versées au plus tard à la fin de l’année 5, pour sécuriser la réduction ensuite.
L’impact du RNH sur l’assurance vie (mythes et réalités)
D’abord, point de contexte : le RNH (NHR) tel qu’il a été massivement utilisé est terminé pour les nouveaux entrants depuis 2024, et a été remplacé par un régime plus ciblé, l’IFICI, encadré par des textes officiels (et réservé à certains profils/activités).
Mythe n°1 : “RNH = 0% sur les rachats d’assurance vie”
Faux. La règle 5/8 ans + 35% est un mécanisme général de l’IRS : elle peut réduire fortement l’impôt, mais elle ne disparaît pas “grâce au RNH”.
Mythe n°2 : “Avec le RNH, je n’ai rien à déclarer”
Faux. Le RNH/IFICI est un régime d’imposition, pas une dispense de conformité. Les obligations déclaratives existent toujours.
Réalité : ce que le RNH/IFICI peut changer (dans certains cas)
Le RNH (et certains régimes spéciaux) peuvent surtout jouer sur le traitement de certains revenus de source étrangère (exemptions sous conditions, selon la qualification du revenu et les conventions).
Mais ce n’est ni automatique, ni universel, et cela dépend beaucoup de la structure (contrat, assureur, source des revenus) — donc c’est typiquement un point à valider au cas par cas.
Déclarations fiscales : Modelo 3 et comptes à l’étranger
Comment déclarer son assurance vie (Annexe J et IBAN étranger)
Au Portugal, un résident fiscal déclare ses revenus mondiaux. Quand les revenus (ou gains) proviennent de l’étranger, la règle pratique est : déclaration Modelo 3 + Anexo J. Le Portal das Finanças le rappelle explicitement : pour les “rendimentos obtidos no estrangeiro”, il faut joindre l’Anexo J à la Modelo 3.
Déclarer le rachat (le gain), pas “le contrat” tous les ans
Dans la plupart des cas, ce qui déclenche l’imposition/déclaration, c’est le rachat (donc un gain réalisé). Vous calculez la part imposable (gain = rachat – primes), puis vous reportez le revenu étranger dans l’Anexo J, dans la rubrique correspondant à la catégorie de revenu concernée (souvent traitée comme revenu de capitaux selon la qualification retenue). L’Anexo J est justement prévu pour déclarer les revenus obtenus hors du territoire portugais.
L’autre obligation qu’on oublie : identifier certains comptes étrangers (IBAN/BIC)
Indépendamment de l’assurance vie, l’Anexo J sert aussi à identifier des comptes de dépôts ou de titres détenus hors Portugal, et les instructions du formulaire précisent :
- que l’Anexo J sert aussi à “identificar contas de depósitos ou de títulos abertas em instituição financeira não residente”
- et que ces comptes doivent être identifiés avec IBAN et (selon les cas) BIC via le Quadro 11.
En clair : votre “checklist conformité” Portugal, c’est (i) déclarer le gain si vous faites un rachat, (ii) et ne pas oublier l’identification des comptes étrangers concernés (IBAN/BIC) quand vous êtes titulaire/bénéficiaire/autorisée à les mouvementer.
Quid de l’Exit Tax française au moment du départ ?
L’Exit Tax française vise les plus-values latentes sur certains droits sociaux / titres / droits (et certaines créances / plus-values en report) au moment où vous transférez votre domicile fiscal hors de France, sous conditions (durée de résidence et seuils).
Ce que ça implique pour l’assurance vie :
- L’Exit Tax est construite autour de la détention de titres/droits sociaux (actions, parts, etc.) et de plus-values latentes sur ces actifs.
- Une assurance vie (même en unités de compte) est juridiquement un contrat ; elle n’entre pas dans la logique “portefeuille de titres détenus en direct” qui déclenche l’Exit Tax telle que décrite par l’administration.
Conclusion opérationnelle : au moment du départ, vous vérifiez l’Exit Tax surtout si vous détenez un CTO, des actions/parts de sociétés, BSPCE, stock-options, etc. L’assurance vie n’est généralement pas le point de déclenchement ; le sujet se joue ailleurs (titres en direct).
Succession France–Portugal : protéger ses héritiers sans frontières
Quand on s’expatrie, la succession devient vite “transfrontalière” par défaut : résidence au Portugal, enfants en France, actifs dans plusieurs pays… et des règles qui ne se superposent pas naturellement. L’assurance vie sert alors de colonne vertébrale : elle organise la transmission, évite certains blocages bancaires, et permet d’anticiper la fiscalité là où elle s’appliquera réellement.
Le Portugal : un paradis successoral pour le conjoint et les enfants (0% de droits)
Au Portugal, il n’existe pas un “impôt sur les successions” à la française. Le mécanisme proche est l’Imposto do Selo (droit de timbre) sur les transmissions gratuites.
- Bonne nouvelle : les transmissions au profit du conjoint (ou partenaire en união de facto), des descendants et des ascendants sont exonérées d’Imposto do Selo (donc, dans la pratique, 0% pour le noyau familial).
- Nuance importante : en dehors de ce cercle (ex : frères/sœurs, neveux/nièces, concubin non reconnu, amis), la taxation peut remonter à 10%.
- Autre point très favorable dans ton contexte “assurance vie” : le droit portugais prévoit que certaines transmissions gratuites de crédits provenant d’assurances vie ne sont pas soumises à l’Imposto do Selo (ce qui renforce l’intérêt de l’enveloppe pour une famille internationale).
- Dernière nuance (à connaître, même si ce n’est pas l’assurance vie) : sur une donation d’immeuble, il peut exister une taxation à 0,8% même lorsque le 10% est exonéré.
Donc oui : pour un couple et des enfants au Portugal, la transmission est souvent “légère” fiscalement — mais il faut garder en tête les cas hors-ligne directe et les actifs immobiliers.
Héritiers résidant en France : comment l’assurance vie limite la casse fiscale
Côté France, l’intérêt de l’assurance vie en succession tient à deux choses : la mécanique fiscale dédiée et les règles de territorialité.
- Si, au moment du décès, le souscripteur n’est pas résident fiscal français, la taxation française type “990 I” n’est en principe pas due… sauf si le bénéficiaire est résident fiscal français au décès et l’a été au moins 6 années sur les 10 précédant le décès.
- Le conjoint / partenaire de PACS est exonéré de cette ponction.
Traduction opérationnelle : si vos enfants vivent en France, la France peut redevenir un pays “taxant” pour eux, même si vous vivez au Portugal. Dans ce type de configuration, l’assurance vie permet au moins de cadencer et documenter la transmission (qui reçoit quoi, quand, selon quelle clause), ce qui réduit les frictions et les mauvaises surprises.
Familles internationales : l’importance de la clause bénéficiaire luxembourgeoise
Dès que la famille est dispersée (un bénéficiaire au Portugal, un autre en France, un troisième ailleurs), la “bonne enveloppe” ne suffit plus : c’est la clause bénéficiaire qui fait la différence.
Avec une assurance vie luxembourgeoise, l’intérêt pratique est de pouvoir rédiger une clause :
- plus précise (bénéficiaires par rang, clauses de substitution, répartition fine),
- plus adaptable aux pays de résidence des héritiers (et à leurs contraintes bancaires),
- et souvent plus simple à exécuter quand plusieurs juridictions interviennent.
En clair : ce n’est pas “Luxembourg pour Luxembourg”, c’est Luxembourg pour l’ingénierie quand la succession devient internationale.
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