Répartition, points, annuités… La retraite en France ressemble à un labyrinthe de termes techniques où il est facile de se perdre. Pourtant, contrairement à une idée reçue tenace, il ne s’agit pas de choisir entre un système par répartition et un système par points. La réalité, pour les salariés du privé, est que vous cotisez à deux étages : une base par annuités et une complémentaire par points. Ce guide a un objectif simple : clarifier comment ces mécanismes s’articulent, comment ils calculent vos droits et, surtout, comment vous pouvez reprendre le contrôle de votre avenir financier en bâtissant votre propre retraite.
Sommaire
Les points clés à retenir :
- Un financement unique, deux calculs : toute retraite obligatoire en France est financée par répartition. La différence réside dans les 2 modes de calcul qui s’additionnent : les annuités (base) et les points (complémentaire).
- Les annuités (base) : votre pension de base dépend de vos 25 meilleures années de salaire (SAM) et du nombre de trimestres que vous avez validés tout au long de votre carrière.
- Les points (complémentaire) : votre pension Agirc-Arrco est le produit de tous les points accumulés durant votre vie active, multiplié par la valeur du point au moment de votre départ.
- La solidarité est partout : contrairement à une idée reçue, les deux systèmes intègrent des mécanismes de solidarité pour les périodes non travaillées (chômage indemnisé, maladie, maternité…).
- La capitalisation est la clé : face à la complexité et aux incertitudes des régimes obligatoires, se constituer une retraite personnelle par capitalisation devient indispensable pour maîtriser son avenir.
Ne laissez pas l’incertitude dicter votre avenir. Nos experts vous proposent d’analyser votre situation et de bâtir avec vous un plan d’action clair pour atteindre vos objectifs. Je réserve mon créneau !
Le principe commun : le financement par répartition
Avant de comparer les modes de calcul de votre retraite, il est essentiel de comprendre le socle sur lequel ils reposent tous : le financement par répartition. C’est le principe fondateur de l’ensemble du système de retraite obligatoire en France, même si certains régimes conservent des réserves financières pour lisser les chocs conjoncturels.
Définition : un flux de solidarité, pas une réserve de capital
Le principe de la répartition est un pacte de solidarité direct entre les générations. Pour le visualiser, imaginez une grande cagnotte nationale. Chaque année, l’ensemble des actifs et leurs employeurs y versent leurs cotisations.
La particularité fondamentale est que cet argent n’est pas mis de côté pour constituer une réserve ou un capital. C’est un flux annuel : les cotisations versées aujourd’hui paient immédiatement les pensions des retraités d’aujourd’hui. La « cagnotte » est donc remplie et vidée en continu. Vous ne cotisez pas pour votre propre future pension, mais pour celle de vos aînés, en vertu d’un contrat social qui garantit que les générations futures feront de même pour vous.
Qui est concerné par ce financement ?
Cette question est centrale et sa réponse, très simple : tous les régimes de retraite obligatoires.
Que vous soyez salarié du secteur privé, fonctionnaire ou indépendant, le financement de votre retraite obligatoire repose sur ce même principe de répartition. Cela inclut à la fois :
- Votre retraite de base (gérée par l’Assurance Retraite pour les salariés du privé).
- Votre retraite complémentaire (gérée principalement par l’Agirc-Arrco pour les salariés du privé).
Ce socle financier étant posé, la question devient : comment vos droits personnels sont-ils calculés au sein de ce grand tout ? Le système distingue deux étages, à commencer par la retraite de base et son calcul par annuités.
Le calcul par annuités : votre retraite de base
Le premier étage de votre pension obligatoire est la retraite de base, gérée pour la majorité des salariés du privé par l’Assurance Retraite (CNAV). C’est le système le plus connu, celui qui fonctionne avec la notion de « trimestres ». Son objectif est de vous fournir un revenu calculé sur la base de vos meilleures années de carrière et de votre durée d’assurance globale.
La formule expliquée : salaire annuel moyen, taux et durée
Pour déterminer le montant de votre retraite de base, l’administration applique une formule précise qui combine trois variables clés :
Pension de base = Salaire Annuel Moyen (SAM) × Taux × (Durée d'assurance validée / Durée requise)
Décomposons chaque élément pour y voir plus clair :
- Le Salaire Annuel Moyen (SAM) : c’est la moyenne de vos revenus sur vos 25 meilleures années de carrière (pour les personnes nées à partir de 1948). Le système ne retient donc que vos années les plus rémunératrices, ce qui avantage les fins de carrière ascendantes.
- Le Taux : il s’agit du pourcentage appliqué à votre SAM. L’objectif est d’atteindre le « taux plein » de 50 %. Si vous ne remplissez pas les conditions d’âge ou de durée de cotisation, ce taux est minoré par une décote, ce qui réduit durablement votre pension. Cependant, le taux plein est automatique à 67 ans, quel que soit votre nombre de trimestres.
- La Durée d’assurance : c’est un rapport entre le nombre de trimestres que vous avez validés tout au long de votre vie et le nombre de trimestres requis pour votre génération. Si ce rapport est inférieur à 1 (parce qu’il vous manque des trimestres), le montant de votre pension sera réduit au prorata.
La solidarité du régime de base : les trimestres « assimilés »
Une idée reçue est que seuls les trimestres travaillés et cotisés comptent. C’est inexact. Le principe de solidarité nationale s’applique aussi au calcul de vos droits. Certaines périodes non travaillées vous permettent de valider des trimestres dits « assimilés ».
Ces trimestres vous sont attribués sans contrepartie de cotisations pour éviter que certains aléas de la vie ne pénalisent trop lourdement votre future retraite. Les principaux cas incluent :
- Les périodes de chômage indemnisé.
- Les arrêts pour maladie, maternité ou invalidité.
- Le service national.
Ces trimestres assimilés sont essentiels : ils comptent dans votre durée d’assurance pour vous aider à atteindre le nombre de trimestres requis pour le taux plein.
Cette retraite de base constitue le premier pilier de votre pension. Mais elle est obligatoirement complétée par un second étage au fonctionnement très différent : la retraite complémentaire, qui ne compte plus en trimestres, mais en points.
Le calcul par points : votre retraite complémentaire (Agirc-Arrco)
À votre retraite de base s’ajoute obligatoirement une retraite complémentaire. Pour les 22 millions de salariés et cadres du secteur privé, elle est gérée par l’Agirc-Arrco et son mode de calcul est radicalement différent : il ne repose pas sur des trimestres, mais sur un système par points.
La mécanique : un « compteur de droits » piloté chaque année
Le principe des points est de traduire l’ensemble de vos cotisations en une unité de compte. Imaginez un « compteur de droits » personnel et non-financier qui vous suit tout au long de votre carrière. Chaque année, les cotisations prélevées sur votre salaire servent à alimenter ce compteur.
Deux valeurs, fixées chaque année par les partenaires sociaux (syndicats et patronat), sont au cœur de ce mécanisme :
- La valeur d’achat du point : C’est le prix d’un point pour une année donnée. Si cette valeur est fixée à 20 €, cela signifie que chaque tranche de 20 € de cotisations (salariales et patronales) vous permet d’acquérir 1 point sur votre compteur.
- La valeur de service du point : C’est la valeur en euros que chaque point vous rapportera annuellement une fois à la retraite. Si, au moment de votre départ, cette valeur est de 1,50 € et que vous avez accumulé 15 000 points, votre pension complémentaire annuelle brute sera de 22 500 € (15 000 x 1,50 €).
Attention : Ne pas confondre avec l’ancien projet de « régime universel »
Il est primordial de clarifier une confusion fréquente, entretenue par des informations datées. Le système par points de l’Agirc-Arrco n’est pas le « régime universel par points » qui fut au cœur du projet de réforme de 2019. Ce projet a été abandonné.
Certaines promesses de l’époque, comme la « règle d’or » garantissant que la valeur du point ne pourrait pas baisser, ne s’appliquent pas au système actuel. Dans la réalité de l’Agirc-Arrco, la valeur est revalorisée annuellement selon une règle (inflation – 0,4 pt), avec un plancher à 0 % (accord 2023-2026).
La solidarité intégrée : l’attribution de points gratuits
Contrairement à l’idée reçue opposant un système par annuités « solidaire » à un système par points purement « individualiste », le régime Agirc-Arrco intègre lui aussi de puissants mécanismes de solidarité.
En effet, durant certaines périodes d’interruption de carrière, vous continuez d’acquérir des points sans verser de cotisations. On parle de points de solidarité, attribués notamment pour :
- Les périodes de chômage indemnisé.
- Les arrêts pour maladie (au-delà de 60 jours).
- Les congés maternité ou d’adoption.
- Les périodes d’invalidité.
Bon à savoir : le malus Agirc-Arrco temporaire de 10 % pendant 3 ans a été totalement supprimé depuis le 1er avril 2024 pour tous les retraités concernés, et n’est plus appliqué pour les nouveaux départs.
Tableau comparatif : annuités (base) vs. points (complémentaire)
Pour synthétiser les différences fondamentales entre ces deux modes de calcul, qui coexistent sous le même toit du financement par répartition, voici un tableau comparatif détaillé.
Dimension | Annuités (Calcul – Retraite de base) | Points (Calcul – Complémentaire Agirc-Arrco) |
---|---|---|
Prise en compte carrière | Seules les 25 meilleures années pèsent sur le montant (SAM). | Tous les euros cotisés sont convertis en points. |
Mécanisme | Atteindre la durée d’assurance requise (trimestres) pour obtenir le taux plein. | Accumuler le plus grand nombre de points possible. |
Solidarité (calcul) | Trimestres « assimilés » pour les interruptions de carrière (maladie, chômage indemnisé…). | Attribution de points de solidarité pour les mêmes périodes. |
Pilotage / Qui décide ? | Le législateur (Parlement) via les réformes (âge, durée…). | Les partenaires sociaux (syndicats/patronat) via le pilotage annuel de la valeur du point. |
Sensibilité / Risque | Sensible aux réformes des paramètres légaux (âge, durée…). | Sensible au pilotage annuel de la valeur d’achat et de service du point. |
Bon à savoir : pour une vision complète de votre carrière (trimestres et points), le portail officiel de info-retraite.fr, est l’outil de référence. Il centralise les informations de tous vos régimes obligatoires. Pour un suivi détaillé de vos points de retraite complémentaire, consultez directement votre espace personnel sur le site de l’Agirc-Arrco. Vérifier ces relevés est le prérequis indispensable à toute stratégie d’optimisation.
La retraite par capitalisation : votre pilier personnel
S’appuyer uniquement sur sa retraite de base et sa complémentaire revient à ignorer une partie essentielle de l’équation : la part de votre avenir que vous pouvez maîtriser à 100%. C’est le rôle de la retraite par capitalisation, un pilier personnel que vous bâtissez selon vos propres termes.
Pourquoi le système public seul ne suffit plus ?
Se reposer exclusivement sur le système obligatoire présente deux risques majeurs. Le premier est sa complexité et son incertitude intrinsèques : entre la pression démographique sur la répartition et le pilotage politique de la valeur du point, le montant final de votre pension reste soumis à des variables que vous ne contrôlez pas.
Le second risque est la fiabilité de l’information. Comme nous l’avons vu, même des acteurs majeurs peuvent diffuser des informations datées ou basées sur des projets de réforme abandonnés. Naviguer dans cet environnement complexe et parfois confus sans un guide expert est hasardeux. Le constat est simple : votre pension publique ne remplacera qu’une partie de votre dernier revenu. Pour le reste, l’anticipation personnelle n’est pas une option, c’est une nécessité.
Quels sont les placements recommendés ?
La retraite par capitalisation consiste à investir une partie de vos revenus pour qu’elle génère elle-même de la richesse sur le long terme. Plusieurs enveloppes existent, chacune avec ses propres caractéristiques. Une présentation équilibrée est indispensable :
L’Assurance-Vie :
- Avantage principal : c’est l’outil le plus souple. Votre capital reste disponible à tout moment et bénéficie d’une fiscalité allégée sur les retraits après 8 ans, ainsi que d’atouts majeurs pour la transmission.
- Risque et contrainte : le rendement est lié à la performance des supports d’investissement (unités de compte) qui présentent un risque de volatilité.
Le Compte-Titres Ordinaire (CTO) :
- Avantage principal : il offre une flexibilité maximale. Sans aucun plafond, il permet d’investir sur tous les instruments financiers (actions, obligations, etc.) dans le monde entier. Votre capital est disponible à tout moment.
- Risque et contrainte : cette liberté a une contrepartie fiscale. Contrairement à l’assurance-vie, le CTO ne bénéficie d’aucun avantage fiscal particulier ; les plus-values sont imposées dès le premier euro.
Le Plan d’Épargne Retraite (PER) :
- Avantage principal : il offre un avantage fiscal à l’entrée, car les versements peuvent être déduits de votre revenu imposable.
- Risque et contrainte : l’épargne est en principe bloquée jusqu’à votre départ à la retraite. Sa performance dépend des marchés financiers et comporte un risque de perte en capital.
Accompagnement gratuit
Choisir le bon outil, définir la bonne allocation et l’ajuster au fil du temps est un métier. Ne laissez pas l’incertitude dicter votre avenir. Nos experts vous proposent d’analyser votre situation et de bâtir avec vous un plan d’action clair pour atteindre vos objectifs. Je réserve mon créneau !
Les questions les plus posées
Non, il dépend de votre année de naissance. Les réformes successives ont progressivement augmenté cette durée pour les nouvelles générations.
Oui, il est possible de racheter jusqu’à 12 trimestres au titre des années d’études supérieures ou des années de carrière incomplètes, sous certaines conditions.
En théorie, oui. Elle est fixée chaque année par les partenaires sociaux pour équilibrer le régime. Dans la pratique, une baisse est très rare et politiquement sensible ; la tendance est plutôt à une revalorisation modérée.
Vous pouvez partir à la retraite, mais votre pension de base subira une « décote », c’est-à-dire une minoration définitive. L’âge du taux plein automatique (sans décote, quel que soit le nombre de trimestres) est fixé à 67 ans.
Non, les points que vous avez acquis le sont à vie. Ils sont inscrits sur votre compte personnel et seront utilisés pour calculer votre pension à votre départ.