S’installer au Cambodge peut offrir un cadre fiscal moins lourd qu’en France, mais l’expatriation ne signifie pas pour autant la disparition de vos obligations fiscales françaises. En l’absence de convention fiscale entre la France et le Cambodge, la détermination de votre résidence fiscale devient particulièrement importante et certaines situations peuvent entraîner une imposition dans les deux pays. Revenus immobiliers, dividendes, pensions de retraite, plus-values, succession ou encore exit tax : chaque catégorie de revenus et d’actifs répond à des règles spécifiques. Comprendre leur articulation est donc indispensable pour anticiper le coût fiscal de votre expatriation et structurer votre patrimoine avant comme après votre départ.
Sommaire
Les points clés à retenir :
- Absence de convention bilatérale : Aucun mécanisme juridique n’élimine les doubles impositions ni ne plafonne les retenues à la source entre la France et le Cambodge.
- Risque de double résidence : En l’absence de clause de départage, la France (art. 4 B CGI) et le Cambodge (règle des 182 jours) peuvent vous qualifier simultanément de résident fiscal.
- Fiscalité française à la source : Vos revenus de source française restent taxés au taux minimum de 20 % ou 30 %, avec des prélèvements sociaux au taux plein de 17,2 % sur l’immobilier.
- Régime des pensions : Les retraites françaises versées au Cambodge subissent la retenue à la source de l’article 182 A du CGI, libératoire sur les deux premières tranches.
- Succession et exit tax : Les transmissions d’actifs restent régies par la territorialité française élargie (art. 750 ter CGI), et le sursis d’exit tax exige des garanties préalables.
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Il n’existe aucune convention fiscale entre la France et le Cambodge
L’administration fiscale française publie l’inventaire de ses conventions internationales pays par pays, en précisant ce que chacune couvre, revenus, fortune, successions ou donations. Le Cambodge n’y figure sous aucun de ces objets.
Ce que l’absence de convention vous retire
Une convention fiscale ne crée aucun impôt. Elle répartit un droit d’imposer entre deux États et corrige les doublons. Son absence retire donc trois mécanismes conventionnels, et aucun ne se rattrape par une démarche administrative ou par une déclaration mieux remplie.
- La clause de résidence, qui départage les deux États lorsque chacun vous considère comme son résident.
- Le plafonnement des retenues à la source, qui limite ce que l’État de la source prélève sur un dividende ou un intérêt.
- La méthode d’élimination de la double imposition, crédit d’impôt ou exonération, qui neutralise le second prélèvement.
Le contraste avec un voisin conventionné est tangible. La fiscalité d’un expatrié français en Thaïlande, où une convention s’applique, se lit d’abord dans un texte bilatéral qui attribue le droit d’imposer poste par poste, les droits internes n’intervenant qu’ensuite. Depuis le Cambodge, cette première lecture n’existe pas.
Où en est la convention en négociation, au 17 août 2026
Le ministère de l’Europe et des affaires étrangères a répondu à une question écrite au Journal officiel du Sénat le 5 février 2026. La négociation d’une convention « a débuté fin 2023 », et « ce processus est sur le point d’aboutir ». Aucun calendrier de signature n’accompagne cette réponse.
Une question écrite du 28 juillet 2026, déposée à l’Assemblée nationale sous le numéro 17445, demande un engagement de signature avant le sommet de la Francophonie de Phnom Penh, en novembre 2026. Cette échéance est la demande d’un député, pas un engagement du gouvernement, et la réponse n’était pas publiée au 17 août 2026.
Une signature ne produirait par ailleurs aucun effet tant que le texte n’est pas entré en vigueur, et ce délai se compte parfois en années. Le texte franco-singapourien, signé en janvier 2015, n’est entré en vigueur qu’en juin 2016. Une convention sur les revenus ne réglerait rien non plus pour les successions.
Résident fiscal français, cambodgien, ou les deux : qui tranche ?
Ce que dit le droit français
Le droit français retient des critères alternatifs, posés par l’article 4 B du code général des impôts. Vous êtes domicilié fiscalement en France si vous y avez votre foyer ou votre séjour principal. Le rattachement joue aussi par une activité professionnelle non accessoire exercée en France, ou par le centre de vos intérêts économiques. Un seul critère suffit.
Une réserve introduite en février 2025 écarte ce rattachement lorsqu’une convention internationale vous regarde comme résident de l’autre État. Elle suppose une convention et reste donc sans effet ici. Le détail de chaque critère relève des critères qui déterminent votre résidence fiscale française.
Ce que dit le droit cambodgien
Les résumés fiscaux publiés par PwC pour le Cambodge, dans leur version revue le 2 avril 2026, décrivent trois rattachements également alternatifs. Est résident la personne domiciliée au Cambodge, celle qui y a son séjour principal, et celle qui y est présente plus de 182 jours sur une période de douze mois.
Cette période se compte sur douze mois, non sur l’année civile. La même source ajoute que le résident du Cambodge est imposable sur son salaire mondial, quand le non-résident ne l’est que sur son salaire de source cambodgienne. L’article 4 de la loi fiscale cambodgienne de 2023 impose, pour l’impôt sur le revenu, le résident sur ses revenus étrangers comme cambodgiens.
Quand les deux États vous revendiquent en même temps
Rien n’interdit aux deux qualifications de coexister. Un retraité installé à Phnom Penh peut satisfaire un critère cambodgien de présence tout en conservant en France le centre de ses intérêts économiques. Aucune clause n’impose alors à l’une des deux administrations de s’effacer.
Le cas est déjà passé devant le Conseil d’État. Sa décision n° 371412 du 17 juin 2015 vise un retraité installé au Cambodge dont les revenus étaient exclusivement de source française. Les juges d’appel n’avaient pas établi qu’il eût cessé d’avoir en France le centre de ses intérêts économiques. La cassation ne tranche pas le fond, et sa portée s’arrête à ce retraité sans ressource locale. Votre résidence fiscale ne se déduit pas d’un déménagement.
Les impôts que vous payez au Cambodge
Le barème de l’impôt sur les salaires
Le barème ci-dessous reproduit celui que documentent les résumés fiscaux PwC pour le Cambodge. Il vise le salaire mensuel d’un résident fiscal cambodgien, et les montants restent en riels.
| Tranche de salaire mensuel (KHR) | Taux |
|---|---|
| Jusqu’à 1 500 000 | 0 % |
| De 1 500 001 à 2 000 000 | 5 % |
| De 2 000 001 à 8 500 000 | 10 % |
| De 8 500 001 à 12 500 000 | 15 % |
| Au-delà de 12 500 000 | 20 % |
PwC place le non-résident hors de ce barème : son salaire de source cambodgienne supporte un taux forfaitaire de 20 %, définitif et sans régularisation ultérieure. La qualification de votre résidence commande donc l’assiette elle-même, et pas seulement le taux.
Retenue à la source, immobilier local et cotisations
Ces résumés décrivent aussi une retenue à la source de 14 % sur les revenus de source cambodgienne versés par une entreprise résidente à un non-résident. Elle couvre les intérêts et dividendes comme les redevances et les revenus d’immeubles situés sur place.
La détention d’un bien ajoute une taxe foncière annuelle de 0,1 %, assise sur 80 % de la valeur retenue par le comité d’évaluation, après abattement de 100 millions de riels. Un droit d’enregistrement de 4 % frappe les transferts. La mise en location d’un bien cambodgien supporte un impôt de 10 % du loyer contractuel brut.
Une taxe sur les plus-values de 20 % complète ces prélèvements locaux, selon un calendrier scindé. Les mêmes résumés la donnent applicable depuis le 1er janvier 2026 aux actifs autres que l’immobilier, dont les baux, les fonds de commerce et la propriété intellectuelle. Pour l’immobilier, l’échéance est reportée au 1er janvier 2027, avec une déduction forfaitaire de 80 % ou, sur option, les frais réels.
Les cabinets qui ont lu le texte cambodgien décrivent une imposition du résident du Cambodge sur ses plus-values mondiales, et du non-résident sur les seules plus-values de source cambodgienne. Vos titres restés en France entrent donc dans ce champ si le Cambodge vous regarde comme son résident.
Aucun accord bilatéral de sécurité sociale ne lie la France au Cambodge. Vos cotisations locales n’ouvrent donc aucun droit dans le régime français, aucune période d’assurance n’est coordonnée entre les deux pays, et votre couverture se construit par d’autres canaux.
Ce que la France continue de prélever sur votre patrimoine français
Tout ce qui suit suppose que la France vous regarde désormais comme un non-résident. Si elle maintient votre domiciliation, l’article 4 A vous impose sur vos revenus mondiaux. Les règles de non-résident ci-dessous cessent alors de s’appliquer, sans que le Cambodge renonce pour autant aux siennes.
Le taux minimum de 20 % et l’option du taux moyen
L’impôt français garde dans son champ vos revenus de source française. Vos revenus français imposés au barème supportent un taux minimum de 20 %, porté à 30 % pour la fraction qui excède 29 579 € de revenu net imposable, pour les revenus perçus en 2025.
Vous pouvez substituer à ce plancher votre taux moyen d’imposition calculé sur vos revenus mondiaux, à condition de justifier qu’il aboutit à un résultat inférieur. Une contribution exceptionnelle de 3 % puis 4 % s’ajoute au-delà de 250 000 € et 500 000 € de revenu fiscal de référence français, seuils doublés pour un couple.
Revenus fonciers, dividendes, intérêts, plus-values : qui prélève quoi
| Revenu de source française | Ce que la France prélève |
|---|---|
| Revenus fonciers d’un immeuble situé en France | Impôt sur le revenu au taux minimum de 20 % ou 30 %, et prélèvements sociaux de 17,2 % en location nue, 18,6 % en meublé non professionnel |
| Dividendes d’actions françaises | Retenue à la source de 12,80 % |
| Intérêts de placements français | Exonérés en principe par l’article 125 A III, le Cambodge n’étant pas un État non coopératif |
| Plus-value de cession d’un immeuble français | Prélèvement de 19 %, prélèvements sociaux de 17,2 %, et surtaxe de 2 à 6 % si la plus-value imposable dépasse 50 000 € |
Le taux de 12,80 % appliqué aux dividendes n’est abaissé que « sous réserve de dispositions plus favorables prévues par les conventions fiscales internationales ». Faute de convention, aucune disposition plus favorable n’existe, et ce taux de droit interne est celui que vous supportez réellement.
Chez un non-résident, les prélèvements sociaux visent les revenus immobiliers de source française et les plus-values immobilières. Les revenus de capitaux mobiliers en sont hors champ, dividendes, intérêts, plus-values de valeurs mobilières, PEA, compte-titres, épargne salariale et assurance vie, de même que les rentes viagères. Sur la part immobilière, le taux réduit de 7,5 % suppose une affiliation à un régime obligatoire de l’Espace économique européen, de la Suisse ou du Royaume-Uni, hors d’atteinte depuis le Cambodge. Vos revenus fonciers français supportent donc le taux plein.
Une règle joue en votre faveur, et elle tient à votre passeport plutôt qu’à votre adresse. L’exonération de plus-value immobilière ouverte aux non-résidents survit à une installation hors d’Europe, plafonnée à 150 000 € de plus-value nette, limitée à un logement par contribuable, et soumise à quatre conditions.
- Avoir la nationalité d’un État de l’Union européenne ou de l’Espace économique européen.
- Détenir le logement directement, et non par l’intermédiaire d’une société.
- Avoir été fiscalement domicilié en France de manière continue pendant au moins deux ans, à un moment quelconque avant la cession.
- Céder au plus tard le 31 décembre de la dixième année suivant le transfert de votre domicile, sauf libre disposition du logement depuis le 1er janvier de l’année précédant la vente.
L’impôt sur la fortune immobilière ne devient exigible qu’au-delà de 1 300 000 € de patrimoine net taxable. Pour un non-résident, l’assiette se limite aux biens et droits immobiliers situés en France, et à la fraction de valeur des parts qui les représente. Vos biens cambodgiens n’y entrent pas.
Un contrat d’assurance vie français n’entre dans aucune de ces lignes. Son imposition dépend du moment du rachat, de l’âge du contrat et de l’État qui vous considère alors comme résident, autant de paramètres traités dans votre contrat d’assurance vie depuis le Cambodge.
Votre pension française versée au Cambodge
Une pension de source française versée à un non-résident supporte une retenue à la source, prévue par l’article 182 A du code général des impôts. Un abattement de 10 % est appliqué avant le calcul, qui suit ensuite un barème annuel de trois tranches pour 2026.
| Pension annuelle, après abattement de 10 % | Taux de la retenue |
|---|---|
| Jusqu’à 17 275 € | 0 % |
| De 17 275 € à 50 112 € | 12 % |
| Au-delà de 50 112 € | 20 % |
Le point décisif tient à la nature des tranches, pas à leur taux. Les revenus soumis aux tranches à 0 % et à 12 % ont un caractère libératoire, et après l’abattement de 10 % ils n’entrent pas dans le calcul de votre impôt sur le revenu. Seule la fraction taxée à 20 % rejoint cet impôt, la retenue s’imputant alors sur le montant liquidé.
Le régime commun à tous les pays, du calcul de la retenue aux obligations déclaratives qui l’accompagnent, relève de l’imposition d’une pension française versée à l’étranger.
Le Cambodge accorde bien des crédits d’impôt à ses résidents, sur justificatifs de paiement. L’article 36 de cette loi vise l’impôt sur le revenu, l’article 50 le salaire, et la taxe sur les plus-values porte le sien. Chacun s’impute sur un impôt cambodgien, et aucun impôt local identifié ne frappe une pension étrangère. La retenue française reste donc entière.
Bon à savoir : une pension qui reste sous le seuil de la troisième tranche n’atteint jamais le taux minimum de 20 % applicable aux revenus français imposés au barème. Les deux chiffres se ressemblent et désignent des mécanismes différents.
Succession et donation, là non plus sans convention
L’absence vaut aussi pour les successions et les donations, que l’inventaire officiel étiquette séparément. Le Cambodge n’a ni droits de succession ni droits de donation. Ces droits relèvent donc du seul droit français, dont l’article 750 ter fixe la territorialité en trois cas.
- Le donateur ou le défunt a son domicile fiscal en France, et tous les biens transmis sont taxables ici, où qu’ils se trouvent.
- Les biens sont situés en France, donc taxables quel que soit le domicile du donateur ou du défunt.
- L’héritier ou le donataire est lui-même domicilié en France, et il l’a été pendant au moins six des dix années précédant celle où il reçoit les biens, l’assiette redevenant mondiale.
Le premier cas est celui que l’on perd de vue. Il suffit que le parent qui transmet soit resté domicilié en France pour que les actifs situés au Cambodge entrent dans l’assiette française. Le troisième se joue chez celui qui reçoit, et la condition se vérifie bénéficiaire par bénéficiaire.
Reste l’impôt acquitté ailleurs. L’article 784 A permet d’imputer sur les droits français les droits de mutation payés hors de France, dans deux limites. L’imputation ne joue que dans le premier et le troisième cas, jamais dans le second, et elle se borne à l’impôt acquitté sur les biens meubles et immeubles situés hors de France.
La mécanique complète, des abattements aux modalités de déclaration, relève du régime fiscal des donations et successions internationales. Ce qui se décide depuis le Cambodge tient à la détention de votre patrimoine et au calendrier de vos donations.
Avant de partir : exit tax et coupure déclarative
L’exit tax de l’article 167 bis vise les personnes domiciliées en France pendant au moins six des dix années précédant le transfert. Elle suppose des participations dépassant 800 000 €, ou représentant au moins 50 % des bénéfices sociaux d’une société.
La destination commande ensuite le sursis de paiement. La notice du formulaire 2074-ETD, millésime 2026, énumère les États qui l’ouvrent automatiquement pour les transferts intervenus depuis le 1er janvier 2025. Le Cambodge n’y figure pas. Le sursis reste accessible sur option, à demander au plus tard 90 jours avant le transfert de votre domicile, contre un représentant fiscal en France et des garanties. Le dispositif est détaillé dans le fonctionnement de l’exit tax et de son sursis de paiement.
L’année du départ se déclare en deux temps. Les revenus perçus du 1er janvier à la date du départ figurent sur la déclaration 2042, ceux de source française perçus ensuite sur la 2042-NR, et votre dossier bascule au service des impôts des particuliers non-résidents.
Le Cambodge est-il un paradis fiscal pour un Français ?
Non, et la raison tient moins au niveau des taux qu’à leur articulation. Le barème local plafonne à 20 %, ce qui paraît clément vu de France. Mais votre situation reste largement française, puisque vos loyers, vos dividendes, vos plus-values immobilières et votre pension gardent une source française, donc un impôt français.
L’absence de convention n’allège rien de ce côté. Elle retire au contraire les plafonds et les mécanismes d’élimination qui, ailleurs, corrigent le résultat. Ce que vous économisez en imposition locale ne réduit en rien ce que Paris a déjà prélevé.
Quels pays d’Asie du Sud-Est n’ont pas de convention avec la France ?
Sur les cinq pays vérifiés ici, le Cambodge et le Laos sont absents de l’inventaire, le Vietnam, la Thaïlande et Singapour y figurent. Pour les autres États de la zone, l’inventaire se consulte au cas par cas, et entrée par entrée : la présence d’un pays n’y garantit pas que tous les impôts soient couverts.
Le Vietnam a une convention, et il figure aussi, depuis l’arrêté du 15 avril 2026, sur la liste française des États et territoires non coopératifs. La présence d’un texte bilatéral ne dit donc rien à elle seule du traitement réservé aux flux vers un pays.
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Les questions les plus posée
Le transfert de domicile fiscal au Cambodge n’entraîne pas la clôture automatique du PEA ouvert en France. En tant que non-résident, les gains et dividendes générés restent exonérés d’impôt français, mais les retraits futurs ne bénéficient plus des mécanismes de sortie classiques réservés aux résidents.
Le Livret A et le Livret de Développement Durable et Solidaire (LDDS) peuvent être conservés sans restriction de résidence. En revanche, le Livret d’Épargne Populaire (LEP) et le Livret Jeune doivent obligatoirement être clôturés avant le départ, leur détention étant soumise à la résidence fiscale en France.
L’enregistrement fiscal s’effectue auprès du General Department of Taxation (GDT) lors de la prise de fonction salariée via l’employeur ou par déclaration directe pour les entrepreneurs. L’obtention de cette carte fiscale est indispensable pour justifier de votre statut de résident et faire valoir vos retenues à la source locales.