Expatrié à Singapour : Quelle fiscalité pour un non-résident Français ?

Vous vivez à Singapour ou vous vous apprêtez à franchir le pas, tout en gardant des loyers, des placements ou une pension en France. On vous a sans doute promis qu’à Singapour, vous ne paieriez plus d’impôt. C’est vrai en partie : Singapour applique une fiscalité territoriale et n’impose pas les revenus de source étrangère d’un particulier. Mais la France, elle, continue de taxer ce qui reste rattaché à son sol. Votre situation se lit donc revenu par revenu, et deux prélèvements bien français vous suivent au départ : des prélèvements sociaux pleins sur votre immobilier, et une exit tax dont le sursis n’a rien d’automatique.

Les points clés à retenir :

  • Résidence fiscale et arbitrage conventionnel : La résidence s’évalue selon l’article 4 B du CGI puis l’article 4 de la convention de 2015 ; Singapour n’impose pas les revenus français taxés à la source en France.
  • Immobilier français fortement prélevé : Vos loyers (20 % à 30 %) et plus-values (19 %) restent imposés en France avec des prélèvements sociaux pleins (17,2 % à 18,6 %), sans possibilité de taux réduit à 7,5 %.
  • Fiscalité locale singapourienne attractive : L’impôt local s’applique sur un barème progressif (max 24 %) ciblé sur les revenus territoriaux, avec une exonération totale des revenus et plus-values d’origine étrangère.
  • Patrimoine, IFI et transmissions : Singapour ne prélève aucun impôt sur la fortune ni sur les successions, mais votre immobilier situé en France demeure soumis à l’IFI et aux droits de mutation français.
  • Exit Tax et démarches de départ : Le sursis de paiement lors d’un départ vers Singapour n’est pas automatique ; il exige la constitution préalable de garanties et la désignation d’un représentant fiscal.

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Déterminer votre résidence fiscale entre la France et Singapour

Singapour vous considère comme résident fiscal dès lors que vous y êtes physiquement présent ou que vous y exercez un emploi pendant au moins 183 jours au cours de l’année civile précédente, l’administration singapourienne prévoyant des aménagements pour les séjours à cheval sur deux ou trois années. Le seuil est net, mais il ne règle qu’une partie de la question, puisque la France applique de son côté ses propres critères.

Côté français, votre résidence se qualifie à l’article 4 B du code général des impôts, selon le lieu de votre foyer, de votre séjour principal, de votre activité ou du centre de vos intérêts économiques. Il arrive donc que les deux pays vous revendiquent la même année. Dans ce cas, l’article 4 de la convention tranche grâce à une cascade de critères successifs, appliqués dans cet ordre :

  • votre foyer d’habitation permanent ;
  • le centre de vos intérêts vitaux ;
  • votre lieu de séjour habituel ;
  • à défaut, l’accord amiable des deux administrations.

Fait notable, cette convention s’écarte du modèle courant en ne retenant pas la nationalité : si les trois premiers critères ne tranchent pas, les deux administrations s’accordent au cas par cas. Le premier critère qui vous départage fixe votre résidence, et donc la lecture de tous vos revenus. Pour le versant français de cette qualification, le guide sur déterminer précisément votre résidence fiscale française reprend chaque situation.

Convention fiscale France-Singapour : règles d’imposition bilatérale

La France et Singapour sont liées par une convention signée le 15 janvier 2015, entrée en vigueur le 1er juin 2016, qui a remplacé le texte de 1974. Elle répartit, catégorie de revenu par catégorie de revenu, le droit d’imposer entre les deux États. Là s’arrête la ressemblance avec les conventions que vous connaissez peut-être, car sa méthode d’élimination de la double imposition renverse la logique habituelle.

Son article 23 prévoit en effet que Singapour exempte de l’impôt les revenus de source française déjà imposables en France, un crédit d’impôt ne jouant qu’à titre subsidiaire. Cette exemption se combine au système territorial singapourien, dans lequel les revenus de source étrangère perçus par un particulier sont en principe exonérés, sauf lorsqu’ils sont reçus à travers une société de personnes locale.

Pour vous, la conséquence est concrète : la France garde la main sur vos revenus de source française, et Singapour ne les réimpose pas. Voici catégorie par catégorie, comment le droit d’imposer se répartit :

Revenu de source françaiseImposition en FranceImposition à Singapour
Loyers et plus-value d’un immeuble situé en FranceOui (art. 6 et 13)Exonérée (art. 23)
DividendesRetenue de 12,8 % (art. 10, plafond conventionnel 15 %)Exonérés (art. 23)
IntérêtsGénéralement aucune retenue française ; plafond conventionnel de 10 % si une retenue s’applique (art. 11)Exonérés (art. 23)
RedevancesTraitement variable selon la nature du droit (art. 12)Généralement exonérées
Pension privéeNon (art. 17)Attribuée à Singapour, en pratique exonérée
Pension publiqueOui (art. 18 §2)Non, sauf résident et national de Singapour sans nationalité française

Pour les revenus que la convention laisse à la France, loyers, plus-values immobilières et dividendes, Singapour accorde une exemption : l’impôt payé en France est votre charge finale, sans complément à Singapour. Quand les conditions de cette exemption ne sont pas réunies, un crédit prend le relais. Les pensions privées et certaines redevances, elles, relèvent de Singapour, mais y échappent à l’impôt comme tout revenu de source étrangère.

Au bout du compte, aucune double imposition, mais la France reste votre percepteur.

Imposition des revenus de source française pour les résidents à Singapour

Vous installer à Singapour ne coupe pas le lien fiscal avec ce que vous laissez en France. Chaque revenu, chaque bien y conserve ses règles propres, que l’exonération singapourienne ne vient pas effacer. C’est même là que se logent les frottements les plus coûteux.

Immobilier : loyers et plus-value de source française

Parce que la convention rattache les revenus fonciers et les plus-values au pays où se trouve l’immeuble, votre immobilier français reste imposé en France. Vos loyers y suivent le barème des non-résidents, avec un taux minimum de 20 % porté à 30 % au-delà d’un certain niveau de revenu. Vous pouvez demander l’application de votre taux moyen mondial s’il vous est plus favorable. La revente d’un bien y déclenche par ailleurs une imposition de la plus-value au taux de 19 %, majorée des prélèvements sociaux.

Les prélèvements sociaux en offrent l’exemple le plus net. Sur une location nue, ils s’élèvent à 17,2 %. Sur une location meublée relevant des prélèvements sur les revenus du patrimoine, comme la location meublée non professionnelle, ils atteignent 18,6 % depuis les revenus perçus en 2025 ; une location meublée exercée à titre professionnel peut, elle, relever de cotisations sociales sur les revenus d’activité. La plus-value immobilière reste, quant à elle, à 17,2 %.

Le taux réduit de 7,5 % dont bénéficient certains non-résidents ne vous est ouvert dans aucun de ces cas, car il suppose une affiliation à un régime de sécurité sociale de l’Union européenne, de l’EEE, de la Suisse ou du Royaume-Uni. Or Singapour n’appartient à aucun de ces espaces : affilié à la sécurité sociale singapourienne, vous supportez ces prélèvements pleins sur vos revenus immobiliers français. Le périmètre exact de ce régime figure dans le régime des prélèvements sociaux du non-résident.

Une nuance vous est toutefois favorable. À la revente d’un logement, vous pouvez conserver l’exonération de plus-value plafonnée à 150 000 € de plus-value nette : elle tient à votre nationalité de ressortissant de l’Union européenne ou de l’EEE, non à votre résidence ni à votre affiliation sociale. Français installé à Singapour, vous restez ressortissant de l’Union et vous la conservez, sous réserve de plusieurs conditions :

  • avoir été domicilié fiscalement en France, de façon continue, pendant au moins deux ans à un moment quelconque avant la cession ;
  • ne l’appliquer qu’à un seul logement par contribuable ;
  • céder au plus tard le 31 décembre de la dixième année suivant votre départ, ou disposer librement du bien depuis le 1er janvier de l’année précédente.

Une formalité vous attend aussi à la vente. Résident de Singapour, un État hors Union européenne, vous n’êtes pas dispensé d’office de désigner un représentant fiscal accrédité en France. Cette désignation n’est pas exigée lorsque le prix de cession n’excède pas 150 000 € par cédant, ou lorsque la plus-value est totalement exonérée, à la fois d’impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux, compte tenu de la durée de détention, soit après trente ans.

Deux logiques se répondent. Le taux réduit de prélèvements sociaux se perd parce qu’il tient à une affiliation que Singapour ne procure pas ; l’exonération des 150 000 € se garde parce qu’elle tient à une nationalité que vous ne perdez pas. Le cadre complet du non-résident sur ses revenus français est détaillé dans les avantages fiscaux du statut de non-résident.

Dividendes, intérêts et revenus mobiliers

Vos dividendes de source française supportent une retenue à la source de 12,8 %. La convention plafonne cette retenue à 15 % pour un particulier, mais le taux interne français lui est inférieur, si bien que c’est lui qui s’applique. Comme Singapour exempte ces revenus, ce prélèvement de 12,8 % constitue votre imposition définitive sur le dividende, sans crédit à imputer ni retaxation dans votre pays de résidence. Cette retenue est libératoire, mais une obligation déclarative française peut subsister, notamment lorsque vous déclarez déjà des revenus immobiliers en France.

Vos intérêts de source française, eux, échappent en principe à toute retenue française et ne subissent aucune imposition singapourienne.

Un rachat sur une assurance-vie française obéit à des règles particulières. En droit interne français, seule la quote-part de gains supporte un prélèvement, de 12,8 % avant huit ans et de 7,5 % au-delà, sans prélèvements sociaux pour un non-résident. La convention franco-singapourienne peut néanmoins réduire ce prélèvement selon la qualification du produit et les justificatifs de résidence transmis à l’assureur. La fiscalité du rachat se confirme donc avant de le déclencher. La logique propre de l’assurance-vie de l’expatrié à Singapour s’examine ensuite à part.

Bon à savoir : sur ses revenus mobiliers de source française, le non-résident ne supporte aucun prélèvement social : dividendes, plus-values mobilières et rachats d’assurance-vie échappent à la CSG et à la CRDS, qui ne visent, chez lui, que l’immobilier situé en France.

Vos pensions de retraite

Le sort de vos pensions dépend de leur origine. Une pension privée, issue d’un ancien emploi salarié, n’est imposable qu’à Singapour au titre de l’article 17, et Singapour l’exonère comme tout revenu de source étrangère perçu par un particulier. Une pension publique, versée à un ancien fonctionnaire ou agent public, reste imposée en France selon l’article 18 §2, sauf si vous résidez à Singapour, en possédez la nationalité et ne détenez pas en même temps la nationalité française. Les carrières qui mêlent public et privé se lisent alors ligne à ligne.

L’impôt sur le revenu à Singapour : un barème progressif jusqu’à 24 %

À Singapour, vous relevez de l’impôt sur le revenu des personnes physiques, prélevé selon un barème progressif qui part de 0 % et dont le taux marginal supérieur atteint 24 % depuis l’année d’imposition 2024, contre 22 % jusque-là. Le non-résident au sens singapourien échappe à cette progressivité. Ses revenus d’emploi sont imposés au montant le plus élevé entre 15 % et le barème progressif des résidents, tandis que les jetons de présence, honoraires de consultant et autres revenus supportent un taux de 24 %.

Ce barème frappe surtout le salaire que vous exercez à Singapour, votre revenu de source locale. Le système territorial laisse en principe de côté vos revenus de source étrangère, patrimoine français compris, sauf lorsqu’ils sont reçus à travers une société de personnes établie sur place. L’assiette singapourienne se réduit donc, pour beaucoup d’expatriés, à ce qu’ils gagnent localement.

Singapour vous impose peu parce qu’il vous impose sur peu, quand la France garde la main sur tout ce qui trouve sa source chez elle. Cette ligne de partage évite deux erreurs opposées : croire que tout est exonéré à Singapour, ou craindre d’y être taxé sur votre patrimoine resté en France.

Plus-values et fortune : ce que Singapour ne taxe pas

Aucun impôt sur les plus-values à Singapour

Singapour ne lève aucun impôt sur les plus-values. Que vous cédiez des titres, des parts ou un bien, la plus-value réalisée n’y supporte pas d’imposition, à une réserve près : une succession d’opérations qui s’apparente à une véritable activité commerciale peut être requalifiée et taxée comme un revenu. Pour un particulier qui gère son patrimoine, l’absence d’impôt sur les plus-values reste toutefois la règle. Elle n’exclut pas certains droits de timbre immobiliers, notamment lors de la revente rapide d’un logement situé à Singapour.

Cette absence ne déteint pas sur vos biens français. La plus-value dégagée à la vente d’un immeuble situé en France demeure imposable en France, au taux de 19 % majoré des prélèvements sociaux, en vertu de l’article de la convention qui rattache l’immobilier au pays où il se trouve. L’absence d’impôt singapourien sur les plus-values ne neutralise donc jamais l’impôt français sur un bien resté en France.

Aucun impôt sur la fortune à Singapour, mais l’immobilier français reste à l’IFI

Singapour ne connaît pas d’impôt général sur la fortune ou sur le patrimoine net comparable à l’IFI. Sa fiscalité du patrimoine passe par une taxe foncière locale, assise sur la valeur locative des biens immobiliers situés à Singapour, et non par une imposition de la valeur globale de ce que vous possédez.

La France conserve la logique inverse : votre immobilier situé sur son territoire reste soumis à l’impôt sur la fortune immobilière, qu’il soit détenu directement ou à travers des parts de sociétés à hauteur de leur fraction immobilière. La convention de 2015 ne couvre pas l’IFI, puisqu’elle ne vise que l’impôt sur le revenu. C’est le droit interne français qui rend ce patrimoine immobilier redevable de l’IFI, sans que l’absence d’impôt singapourien y change quoi que ce soit. Le seuil de déclenchement et le calcul pour un non-résident sont traités dans le calcul de l’IFI pour un non-résident.

Y a-t-il des droits de succession à Singapour ?

Singapour a aboli les droits de succession, l’estate duty, pour les décès survenus à compter du 15 février 2008. Transmettre un patrimoine depuis Singapour ne déclenche donc, sur place, aucun impôt successoral.

Un point de vigilance change toutefois la donne. Il n’existe aucune convention successorale entre la France et Singapour : le seul accord qui lie les deux pays est la convention du 15 janvier 2015 sur les revenus, qui ne dit rien des successions ni des donations. La transmission d’un patrimoine situé en France reste alors soumise aux droits de mutation français, sans qu’aucun texte bilatéral n’en corrige les effets.

Mieux vaut donc anticiper, car la transmission oblige à articuler le droit successoral singapourien avec les règles françaises de territorialité. Organiser en amont le partage de vos actifs entre les deux pays en désamorce les frictions, un sujet qu’approfondit la transmission internationale de patrimoine.

Bon à savoir : Singapour ne prélève plus de droits de succession depuis 2008, si bien que l’absence de convention ne crée pas, à elle seule, de double imposition sur la transmission. Ce sont les règles françaises de territorialité qui commandent. La France impose les biens situés sur son sol et, selon la résidence du défunt ou des héritiers, peut aussi atteindre des biens détenus hors de France.

Quitter la France pour Singapour : exit tax et régime des nouveaux arrivants

L’exit tax : un sursis de paiement qui n’est pas automatique

Quitter la France peut vous rendre redevable de l’exit tax si vous y avez été résident fiscal au moins six des dix années précédant votre départ, et si la valeur globale des titres et droits concernés atteint au moins 800 000 €, ou s’ils vous donnent droit à au moins 50 % des bénéfices d’une société. L’impôt frappe alors les plus-values latentes sur ces titres au moment où vous transférez votre domicile hors de France. Il peut aussi viser certaines créances de complément de prix et des plus-values déjà placées en report d’imposition.

Le point sensible tient au sursis de paiement. Vers un État de l’Union européenne ou de l’EEE, il est automatique et vous ne décaissez pas l’impôt en partant. Vers Singapour, il ne l’est pas, puisque le pays se situe hors de ces espaces et que la convention de 2015 ne comporte aucune clause d’assistance au recouvrement, son article 26 se limitant à l’échange de renseignements. Le sursis doit donc être demandé, en constituant des garanties et en désignant un représentant fiscal. Ce sujet se prépare avant le départ, jamais une fois sur place, et le fonctionnement de l’exit tax au départ de France en détaille les seuils et les délais.

Singapour réserve-t-il un régime de faveur aux nouveaux arrivants ?

Singapour ne propose pas de régime général d’impatriation comparable au régime Beckham espagnol ou à l’ancien statut de résident non habituel portugais. Son attrait fiscal tient ailleurs : un barème plafonné à 24 %, et surtout l’absence d’impôt sur les plus-values, sur la fortune et sur les successions. C’est un avantage acquis dans la durée, qui rend d’autant plus décisive la façon dont vous organisez les revenus et le patrimoine laissés en France.s revenus et le patrimoine que vous laissez en France.

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Les questions les plus posées

Est-il possible de transférer un contrat d’assurance-vie français vers un support local à Singapour ?

Non, un transfert direct de contrat vers un établissement étranger n’est pas autorisé par la réglementation française. Vous devez procéder à un rachat (partiel ou total) en bénéficiant de la fiscalité des non-résidents, puis réinvestir les capitaux dans des solutions bancaires ou assurantielles singapouriennes.

Comment sont imposées les actions gratuites (RSU) et stock-options attribuées en France puis exercées à Singapour ?

L’imposition est répartie au prorata temporis du nombre de jours travaillés dans chaque État entre la date d’attribution et la date d’acquisition des droits (vesting). La part correspondant à votre activité exercée en France reste taxable par l’administration fiscale française.

Un non-résident fiscal à Singapour peut-il conserver son Plan d’Épargne en Actions (PEA) ?

Oui, le transfert de résidence fiscale hors de France n’entraîne plus la clôture automatique du PEA. Les gains et plus-values réalisés lors de retraits restent exonérés d’impôt sur le revenu en France, et aucuns prélèvements sociaux ne sont appliqués aux non-résidents.

Quel est le traitement fiscal des plus-values sur cryptomonnaies pour un Français à Singapour ?

Singapour ne taxe pas les plus-values sur devises numériques détenues par des particuliers à titre patrimonial. Seule une activité habituelle assimilable à du trading professionnel peut être requalifiée et imposée au barème de l’impôt sur le revenu local.

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