S’installer en Corée du Sud implique de repenser l’ensemble de sa situation fiscale. Loyers perçus en France, dividendes, pensions de retraite ou encore transmission du patrimoine : chaque revenu et chaque actif obéit à des règles de rattachement précises entre les deux pays. La convention fiscale franco-coréenne de 1979 organise l’essentiel de ce partage, mais elle ne couvre ni les successions ni les donations. Or la Corée applique en la matière un barème pouvant atteindre 50 % au taux marginal. Comprendre ces règles en amont permet d’éviter les doubles impositions, de sécuriser ses revenus et d’anticiper les conséquences patrimoniales de son expatriation.
Sommaire
Les points clés à retenir :
- Résidence et imposition mondiale : Un séjour de 183 jours ou un domicile en Corée vous rend résident fiscal sur vos revenus mondiaux, sous réserve de la règle des 5 ans pour vos revenus étrangers non rapatriés.
- Convention fiscale de 1979 : La France conserve l’imposition des loyers, plus-values immobilières françaises et retraites publiques/sécurité sociale, tandis que la Corée taxe les retraites privées et plus-values mobilières.
- Imposition des salaires et option à 19 % : Le barème coréen est progressif jusqu’à 49,5 % (impôt local inclus), mais les salariés étrangers peuvent opter pour un taux forfaitaire de 20,9 % sur 20 ans (prise de poste avant fin 2026).
- Patrimoine et Exit Tax : La Corée n’a pas d’impôt sur la fortune (l’IFI reste dû en France sur l’immobilier français) et votre départ peut déclencher l’Exit Tax avec sursis de plein droit vers la Corée.
- Avertissement sur la succession : En l’absence de convention bilatérale sur les successions, le barème coréen atteint 50 % de taux marginal et s’applique avec un risque de double imposition partiellement atténué par l’imputation française.
Avec un taux marginal de succession avoisinant les 50 % et l’absence de convention sur la transmission, chaque décision fiscale compte. Évitez les erreurs coûteuses, protégez vos proches et optimisez vos investissements dès aujourd’hui en demandant un entretien avec l’un de nos conseillers. Je réserve mon créneau !
Résident fiscal en Corée du Sud : le seuil des 183 jours et la fenêtre des 5 ans
La Corée n’impose pas de la même manière un résident et un contribuable de passage, et tout le reste de votre situation découle de ce statut. Il se détermine d’abord au regard du droit interne coréen, puis, si la France vous revendique elle aussi, au regard de la convention.
La règle des 183 jours (qui est résident fiscal coréen)
Vous devenez résident fiscal coréen dès que vous avez votre domicile en Corée, ou que vous y séjournez au moins 183 jours sur l’année. Ce domicile s’apprécie au regard de votre situation concrète, le lieu de vie de votre famille, votre activité professionnelle et vos attaches économiques. À ce titre, la Corée vous impose en principe sur vos revenus mondiaux.
Vous êtes également réputé avoir séjourné au moins 183 jours en Corée lorsque votre séjour continu atteint cette durée en s’étendant sur deux périodes fiscales successives. Cette règle ne permet pas d’additionner des séjours discontinus effectués sur deux années.
Vous pouvez être revendiqué par les deux fiscs à la fois, si vous conservez un logement et des attaches en France. L’article 4 §2 de la convention départage alors, échelon par échelon :
- premier échelon, le foyer d’habitation permanent dont vous disposez ;
- deux foyers permanents, et le centre de vos intérêts vitaux emporte la décision, liens personnels et économiques confondus ;
- sans départage possible, le pays où vous séjournez de façon habituelle prend le relais ;
- vient ensuite votre nationalité ;
- si le doute persiste, les deux administrations règlent le cas par accord amiable.
Ces critères s’appliquent dans l’ordre, et le premier qui départage arrête l’analyse. La qualification qui en sort commande tout le reste. Elle se joue sur des faits matériels, pas sur une déclaration d’intention. Le cadre général est détaillé dans comment se détermine votre statut de résident ou non-résident fiscal.
Salaires : l’autre règle des 183 jours (article 15 §2)
Un second seuil de 183 jours existe, sans rapport avec le premier. Il ne détermine pas votre résidence mais le lieu d’imposition de votre salaire, avec un décompte qui lui est propre. L’article 15 pose le principe, votre rémunération étant imposable là où l’emploi est physiquement exercé. L’exception ne joue que si trois conditions sont réunies ensemble :
- votre séjour dans l’État d’exercice n’excède pas 183 jours au total sur l’année d’imposition ;
- votre rémunération est payée par un employeur qui n’est pas résident de cet État ;
- la charge de cette rémunération n’est pas supportée par un établissement stable de l’employeur dans ce même État.
Un salarié détaché en Corée ne peut donc pas conclure du seul compte de ses jours. Si votre rémunération est payée par un employeur résident de Corée, ou si sa charge est supportée par un établissement stable coréen, le décompte des jours ne vous sert plus à rien.
La fenêtre des 5 ans : vos revenus étrangers ni payés en Corée ni rapatriés
La Corée réserve un traitement plus doux aux arrivants récents. Un résident étranger dont la présence totalise cinq ans ou moins sur les dix dernières années ne voit ses revenus de source étrangère entrer dans l’assiette coréenne que s’ils y sont payés ou rapatriés. Les cinq ans se comptent au total sur cette période de dix ans, et non d’un seul tenant.
La fenêtre ne va pas plus loin, puisque vos revenus de source coréenne restent imposables pendant toute la période, salaire d’un emploi exercé sur place compris, quand bien même il vous serait versé depuis l’étranger.
Les plus-values de cession d’actifs situés à l’étranger obéissent à des règles spécifiques, qui varient selon la nature du bien vendu. Pour les actions étrangères, la documentation fiscale coréenne retient un critère de durée. Elles entrent dans le champ de l’impôt coréen lorsque le cédant a eu son domicile ou sa résidence en Corée de façon continue pendant au moins cinq ans à la date de la vente.
Le régime d’une cession ne se déduit donc pas de la seule fenêtre générale des revenus non rapatriés. Le décompte change d’ailleurs de nature d’une règle à l’autre, cumulé pour la fenêtre, continu pour ces cessions. Une vente programmée pendant vos premières années en Corée se vérifie actif par actif, avant l’ordre de cession.
Au-delà de cinq ans de présence sur dix ans, l’imposition porte sur vos revenus mondiaux. Le calendrier de votre installation pèse donc directement sur le coût fiscal de vos premières années, et il se décide avant la signature du contrat de travail comme du bail.
La convention fiscale France-Corée du Sud : qui impose quoi ?
La France et la Corée du Sud sont liées en matière d’impôt sur le revenu par une convention signée le 19 juin 1979 et entrée en vigueur en 1981. Un avenant l’a révisée en 1991, avant les effets de la convention multilatérale de 2017. Elle ne porte que sur le revenu, et ce point mérite votre attention immédiate.
Aucune clause n’y traite la fortune, et aucune convention ne couvre les successions ni les donations entre les deux pays. Tout ce qui touche à la transmission échappe donc au cadre bilatéral et relève des deux droits internes, une lacune dont la portée se mesure dans la partie succession et donation.
Côté coréen, la double imposition s’élimine par un crédit d’impôt plafonné (article 23). La Corée impose votre revenu de source française, puis accorde un crédit égal à l’impôt français déjà payé, dans la limite de l’impôt coréen correspondant à ces revenus. Il ne s’agit pas d’une exonération, et le différentiel reste à votre charge au-delà du plafond.
Encore faut-il que le revenu entre effectivement dans l’assiette coréenne. Pendant la fenêtre des cinq ans, vos revenus de source étrangère qui ne sont ni payés en Corée ni rapatriés en restent dehors, et le mécanisme du crédit d’impôt n’a alors rien à imputer.
| Revenu | Traitement conventionnel principal | Taux ou traitement | Article |
|---|---|---|---|
| Loyers d’un bien situé en France | France | Impôt français, prélèvements sociaux de 17,2 % (18,6 % en meublé non professionnel) | Art. 6 |
| Plus-value sur un immeuble français | France | 19 % (+ 17,2 % de prélèvements sociaux ; exonération possible jusqu’à 150 000 €) | Art. 13 §1 |
| Dividendes de source française | France | 12,8 %plafond conventionnel de 15 % | Art. 10 |
| Intérêts de source française | France en théorie | Aucune retenue française en pratiqueplafond conventionnel de 10 % | Art. 11 |
| Plus-values sur titres | Corée en principe | Imposition française possible lorsque le droit interne l’autoriseparticipation familiale ayant dépassé 25 % des bénéfices, exit tax | Art. 13 §3 à §5 |
| Salaires | État où l’emploi est exercé | Exception des 183 jours sous trois conditions cumulatives | Art. 15 |
| Pension de sécurité sociale française | France | Impôt français | Art. 18 §2 |
| Pension privée ou complémentaire | Corée | Barème coréen | Art. 18 §1 |
La mention « France » désigne ici le droit d’imposition de l’État de source. Elle n’exclut pas la prise en compte du revenu dans l’assiette coréenne du résident, suivie du crédit d’impôt, sous réserve de la fenêtre des cinq ans.
Vos revenus de source française : loyers, dividendes et plus-values
Vivre à Séoul ne détache pas de la France les revenus qui y sont produits. Le tableau ci-dessus en donne le partage, auquel s’ajoutent deux mécanismes réservés au non-résident, un taux minimum d’imposition et l’option pour le taux moyen mondial. Ces deux points sont portés par les règles fiscales propres au statut de non-résident.
Loyers et plus-values immobilières (imposés en France)
Un appartement loué à Lyon reste imposable en France, car l’article 6 attribue les loyers à l’État où l’immeuble est situé. Même logique pour la plus-value de revente, taxée en France au taux d’impôt sur le revenu de 19 %, avec des abattements pour durée de détention.
S’y ajoutent les prélèvements sociaux, dont le taux suit la nature de la location. Les revenus fonciers issus de locations nues supportent 17,2 %, comme les plus-values immobilières. La location meublée non professionnelle relève de 18,6 % depuis les revenus 2025, la CSG y ayant été portée à 10,6 %.
Cette grille ne vise que vos revenus du patrimoine. Les loyers qui supportent déjà les cotisations sociales sur les revenus d’activité échappent à ces prélèvements.
Le taux réduit de 7,5 % suppose une affiliation à un régime obligatoire de l’Union européenne, de l’Espace économique européen, de Suisse ou du Royaume-Uni. Une affiliation coréenne ne l’ouvre pas, et le taux plein s’applique. Le régime des prélèvements sociaux pour les expatriés en précise le champ exact, taux par taux.
Un levier existe si vous cédez un logement en France après votre départ, une exonération plafonnée à 150 000 euros de plus-value nette imposable. Elle vise les personnes physiques ressortissantes d’un État de l’Union européenne ou de l’Espace économique européen. C’est un critère de nationalité, qu’un Français remplit où qu’il vive. Ses conditions d’application sont en revanche précises :
- deux années continues de domiciliation fiscale française avant le départ ;
- une cession intervenue au plus tard le 31 décembre de la dixième année suivant celle du départ ;
- ce délai tombe si vous avez la libre disposition du logement au moins depuis le 1er janvier de l’année précédant celle de la cession ;
- une seule résidence par contribuable.
Ce régime n’est pas celui de la résidence principale, qui obéit à ses propres règles. L’exonération suppose par ailleurs une détention directe du logement. Elle ne s’applique pas lorsque le bien est détenu par l’intermédiaire d’une société, notamment d’une SCI, ni lors de la cession des titres de cette société.
Dividendes (12,8 %), intérêts et plus-values sur titres
Vos dividendes de source française relèvent d’une retenue à la source. La convention plafonne le prélèvement à 15 %, mais le taux interne français appliqué au non-résident, de 12,8 %, lui est inférieur. C’est donc 12,8 % qui s’applique en pratique.
Les intérêts sont plafonnés à 10 % par la convention, mais la France ne prélève en pratique aucune retenue sur ceux versés à un non-résident. Quant aux plus-values sur titres, elles reviennent à la Corée.
Deux clauses conventionnelles ouvrent toutefois à la France un droit d’imposer. La première vise la participation substantielle, lorsque vous détenez, seul ou avec des personnes apparentées, des titres ouvrant droit à au moins 25 % des bénéfices d’une société française.
La seconde tient à votre départ récent, puisque la France conserve le droit d’imposer, selon son droit interne, les gains mobiliers d’une personne ayant résidé en France dans les cinq années précédant la cession. Ce droit d’imposer ne suffit pourtant pas à créer l’impôt, et encore faut-il qu’un dispositif interne s’applique, le prélèvement de l’article 244 bis B ou l’exit tax.
Le prélèvement de l’article 244 bis B atteint 12,8 %. La convention vise une participation d’au moins 25 % des bénéfices, là où le droit interne exige que celle de votre groupe familial ait dépassé ce seuil à un moment quelconque des cinq dernières années. Votre conjoint, vos ascendants et vos descendants comptent avec vous. Votre seule qualité d’ancien résident de France ne rend donc pas chaque cession imposable.
Le barème de l’impôt sur le revenu en Corée du Sud : jusqu’à ~49,5 %
La Corée figure parmi les pays à fiscalité lourde sur le revenu. Son barème national compte huit tranches, de 6 % à 45 %, la tranche supérieure s’appliquant au-delà d’un milliard de wons (₩) de revenu imposable. À cet impôt national s’ajoute un impôt local sur le revenu égal à 10 % de l’impôt national.
Le taux marginal effectif atteint ainsi de l’ordre de 49,5 % en combinant les deux étages. Il ne représente pas un taux officiel unique, plutôt l’ordre de grandeur à retenir pour un haut revenu résident.
Un cadre étranger dispose toutefois d’une option qui change l’équation. Il peut soumettre ses revenus d’emploi de source coréenne à un taux forfaitaire de 19 % hors impôt local, soit 20,9 % une fois l’impôt local ajouté, au lieu du barème progressif. Ce régime s’applique pendant vingt ans à compter de la prise de poste.
L’option reste ouverte à qui commence à travailler en Corée au plus tard fin 2026, et suppose de renoncer aux autres déductions et crédits. Elle ne vaut que pour les salaires de source coréenne, jamais pour vos revenus français.
Chaque tranche supplémentaire de 10 000 euros de base imposable située dans la tranche marginale supérieure, au-delà du milliard de wons, supporte environ 4 950 euros d’impôt national et local, contre 2 090 euros sous le forfait. L’écart approche alors 2 900 euros par tranche, et il se resserre dans les tranches inférieures.
L’illustration reste théorique, car le barème s’applique après déductions là où le forfait vous les fait abandonner. Le principe demeure et il commande d’arbitrer avant la prise de poste. Cette date conditionne l’éligibilité et fait courir les vingt ans.
Vos revenus financiers de source coréenne suivent leurs propres règles. Les dividendes et intérêts y supportent une retenue de 15,4 %, soit 14 % d’impôt national et 1,4 % d’impôt local, sans rapport avec les 12,8 % qui frappent vos dividendes français.
Jusqu’à 20 millions de wons de revenus financiers annuels, cette retenue vaut imposition séparée. Au-delà de ce seuil, ils rejoignent votre revenu global et suivent le barème progressif. Depuis 2026, les dividendes des sociétés à forte distribution peuvent rester en imposition séparée même au-delà du seuil.
Les plus-values restent exonérées pour les petits porteurs qui cèdent en bourse des actions coréennes cotées, l’exonération tombant pour l’actionnaire majeur dès l’un de ces seuils :
- au moins 1 % du capital, porté à 2 % sur le KOSDAQ et 4 % sur le KONEX ;
- ou une participation valant 5 milliards de wons.
Les cessions hors marché et les titres non cotés relèvent d’autres règles, qu’un portefeuille coréen significatif oblige à examiner avant tout arbitrage de fin d’année.
Retraite en Corée du Sud : votre pension française est-elle imposée en France ?
Votre pension française vous suit-elle jusqu’au fisc coréen ? Tout dépend de sa nature, et la convention distingue trois cas qu’il faut lire séparément :
- Votre pension privée ou complémentaire (de type Agirc-Arrco) n’est imposable que dans votre État de résidence, la Corée (article 18 §1).
- Votre pension versée en application de la législation française de sécurité sociale reste imposable en France, puisque l’article 18 §2 la rattache à l’État dont la législation fonde le versement.
- Votre pension publique d’ancien fonctionnaire suit la même logique d’État payeur et demeure imposable en France (article 19 §2).
Cette ligne de partage se lit à contre-courant de l’intuition. On pourrait croire toute la retraite basculée vers le pays de résidence. La pension servie au titre de la sécurité sociale française reste pourtant déclarée en France, alors que vos compléments relèvent du barème coréen. La qualification suit le régime juridique qui fonde le versement, jamais l’intitulé commercial de la pension.
Impôt sur la fortune : l’IFI côté France, aucun équivalent en Corée
Côté fortune, la lecture est asymétrique. La Corée ne prélève pas d’impôt général sur la fortune nette mondiale, tandis que l’impôt sur la fortune immobilière peut rester dû en France sur votre patrimoine immobilier qui y est situé. Si vous le détenez par l’intermédiaire d’une société, c’est en principe la fraction représentative des actifs immobiliers français qui entre dans l’assiette, sous réserve des exclusions légales.
La convention ne couvrant que le revenu, aucune clause ne vient écarter cet impôt lorsque vous en remplissez les conditions, qui relèvent du seul droit interne français. Son seuil de déclenchement et son barème sont détaillés dans l’impôt sur la fortune immobilière quand on vit à l’étranger.
En Corée, vous ne trouverez pas d’équivalent à l’IFI. Le pays applique en revanche des impositions à l’acquisition et à la détention de l’immobilier situé sur son sol, sans lien avec votre patrimoine resté en France.
Succession et donation en Corée du Sud : un barème jusqu’à 50 % et aucune convention avec la France
Voici le point que la convention ne règle pas, et le plus lourd de conséquences. L’impôt coréen sur les successions et les donations est progressif, de 10 % à 50 %, l’un des plus élevés de l’OCDE. Ce taux de 50 % est un taux marginal, appliqué à la fraction supérieure d’une assiette taxable après valorisation et déductions, et il reste en vigueur en 2026.
Or aucune convention successorale ne lie la France et la Corée. Côté coréen, la succession se lirait en principe à partir de la résidence du défunt, sur ses actifs mondiaux s’il résidait en Corée, sur ses seuls actifs situés en Corée dans le cas inverse.
La donation suit un axe différent, celui de la résidence du donataire. Le bénéficiaire résident de Corée serait imposable sur l’ensemble des biens reçus, un bénéficiaire non-résident sur les seuls biens situés en Corée. Ces deux partages appellent une vérification au cas par cas.
Côté français, c’est encore la situation du bénéficiaire qui commande. L’article 750 ter du code général des impôts soumet aux droits de mutation les biens reçus par un héritier ou un donataire domicilié en France, qu’ils soient situés en France ou hors de France. Encore faut-il qu’il y ait eu son domicile fiscal pendant au moins six des dix années précédant la transmission.
Vos enfants restés en France sont donc concernés au premier chef, alors même que le patrimoine transmis se situe hors de France. Cette configuration est fréquente dans les familles internationales, un parent vivant durablement à l’étranger tandis que ses enfants demeurent domiciliés en France. Le rattachement se joue alors sur la situation de l’héritier.
Serez-vous taxé deux fois en transmettant à vos enfants restés en France ? Le risque est réel dès lors que les deux États revendiquent la même transmission. L’article 784 A permet d’imputer sur l’impôt français l’impôt successoral acquitté à l’étranger, dans deux limites :
- cette imputation ne vise que les biens situés hors de France ;
- elle ne peut excéder l’impôt français afférent à ces mêmes biens.
L’atténuation reste donc partielle, et elle ne se substitue jamais à une organisation anticipée de la transmission, seul levier qui agisse sur l’assiette plutôt que sur l’impôt final.
Quitter la France, s’installer en Corée : exit tax et obligations déclaratives
Votre départ vers la Corée peut déclencher une imposition en France. L’exit tax vise les plus-values latentes sur vos participations sous deux conditions cumulatives. Il faut avoir été domicilié fiscalement en France pendant au moins six des dix années précédant le transfert. Il faut aussi détenir des participations d’une valeur globale supérieure à 800 000 euros, ou représentant au moins 50 % des bénéfices d’une société.
Le dispositif ne s’arrête pas aux plus-values latentes. Il atteint également certaines créances de complément de prix, celles qui restent à percevoir sur une cession déjà réalisée, ainsi que certaines plus-values antérieurement placées en report d’imposition.
Le paiement de cette imposition peut être mis en sursis. Le sursis joue de plein droit vers un État membre de l’Union européenne. Il joue également vers tout État lié à la France par deux conventions, l’une d’assistance administrative contre la fraude, l’autre d’assistance mutuelle au recouvrement. L’État ne doit pas non plus être classé non coopératif.
Où se situe la Corée du Sud au regard de ce critère ? Elle figure sur la liste administrative des États hors Espace économique européen qui remplissent ces deux conditions pour l’application de l’exit tax, et cette inscription court depuis le 1er juillet 2012. Le millésime applicable se vérifie au moment du départ.
Votre départ vers Séoul ouvre donc le sursis de plein droit, sans garanties à constituer ni représentant fiscal à désigner du seul fait de votre destination. Le dégrèvement intervient ensuite après deux ans de conservation des titres, délai porté à cinq ans lorsque la valeur globale de vos participations dépasse 2 570 000 euros.
Vos obligations déclaratives et le suivi annuel de vos titres subsistent pendant toute la durée du sursis. Le fonctionnement de l’exit tax à votre départ en détaille les rouages, calendrier compris.
L’année du départ appelle par ailleurs deux déclarations distinctes en France. La première porte sur les revenus perçus pendant votre période de résidence française. La seconde vise ceux de source française encaissés après votre installation, au titre de votre nouveau statut.
Si vous détenez des stock-options, des actions gratuites ou des RSU, leur imposition dépend des périodes d’acquisition et du lieu où vous avez exercé votre activité pendant ces périodes. Un départ en cours de plan mérite donc un arbitrage préalable, ligne par ligne.
La convention fiscale règle l’impôt, jamais votre affiliation sociale, qui se traite à part et dans l’ordre. Interrogez d’abord votre employeur sur le statut retenu pour votre mobilité. Interrogez ensuite votre caisse sur votre couverture maladie pendant le séjour et sur les droits à retraite que vous continuez d’acquérir.
Devez-vous déclarer au fisc coréen vos comptes et structures détenus hors de Corée ?
En devenant résident fiscal coréen, une partie de vos obligations déclaratives bascule vers le National Tax Service. Vos comptes financiers détenus hors de Corée deviennent déclarables lorsque leur solde agrégé dépasse 500 millions de wons à la fin d’un mois. Le dépôt intervient au plus tard fin juin de l’année suivante, et le périmètre couvre bien plus que les comptes bancaires :
- dépôts bancaires et comptes de courtage de titres ;
- obligations, produits dérivés et parts de fonds ;
- produits d’assurance ;
- cryptoactifs et autres actifs virtuels.
Un point change tout pour un arrivant récent. Le résident étranger dont le domicile ou la résidence en Corée totalise cinq ans ou moins sur les dix années précédant la fin de l’année déclarée en serait dispensé. La personne qu’une convention fiscale reconnaît comme résidente de l’autre État le serait également, pour les comptes détenus depuis 2025.
Cette dispense ne vaut pas indéfiniment, et les pénalités montent d’un cran lorsque le montant non déclaré ou sous-déclaré dépasse 5 milliards de wons. Un inventaire précis de vos comptes français s’impose donc avant la fin de votre fenêtre de cinq ans, plutôt qu’au moment de la première déclaration exigible.
Dans les autres situations, la déclaration interviendrait au titre de l’année de constitution ou du transfert des biens. La pénalité peut atteindre 10 % des actifs concernés, dans la limite de 100 millions de wons, et l’exemption des cinq ans protégerait là encore l’arrivant récent.
Que devient votre assurance-vie française en vous installant en Corée ?
Elle ne disparaît pas de l’équation. Les produits d’assurance comptent parmi les actifs visés par la déclaration des comptes financiers étrangers vue plus haut. Sa fiscalité en cas de rachat, son sort au regard de la convention et sa qualification par l’administration coréenne relèvent d’une analyse propre, développée dans l’article consacré à l’assurance-vie de l’expatrié en Corée.
Deux séries de pièces se réunissent en amont, et elles ne servent pas au même calcul. La date de souscription, la valeur de rachat et la ventilation entre versements et produits permettent d’analyser le coût d’un retrait. La clause bénéficiaire, votre âge lors des versements et la résidence des parties déterminent le traitement au décès.
Accompagnement gratuit
Avec un taux marginal de succession avoisinant les 50 % et l’absence de convention sur la transmission, chaque décision fiscale compte. Évitez les erreurs coûteuses, protégez vos proches et optimisez vos investissements dès aujourd’hui en demandant un entretien avec l’un de nos conseillers. Je réserve mon créneau !
Les questions les plus posées
Le droit coréen prévoit un abattement cumulé sur 10 ans pour les donations faites à un résident fiscal coréen : jusqu’à 600 millions de wons pour un conjoint, 50 millions de wons par enfant majeur (20 millions pour un mineur). Au-delà de ces seuils d’exonération, la donation est immédiatement soumise au barème progressif de 10 % à 50 %.
Le départ à l’étranger constitue un cas de déblocage anticipé autorisé pour le PEE, permettant de récupérer les sommes exonérées d’impôt en France (hors prélèvements sociaux). Pour le PER, le déblocage n’est pas automatique, et les retraits ultérieurs sous forme de capital ou rente subissent l’imposition française des non-résidents tout en étant déclarables en Corée s’ils sont rapatriés.
Le contrat luxembourgeois offre une neutralité fiscale totale et permet une structuration sur mesure adaptée aux règles coréennes. Il facilite la gestion multi-devises et garantit une grande portabilité en cas de mobilité future vers un autre pays ou de retour en France, tout en restant soumis à l’obligation de déclaration annuelle des comptes étrangers en Corée.