Expatrié en Malaisie : Quelle fiscalité pour un non-résident Français ?

Vous vous installez en Malaisie ou y vivez déjà, tout en gardant des revenus et des biens en France. Une question se pose alors : la Malaisie va-t-elle imposer vos revenus français, et que change la convention entre les deux pays ? La réponse tient à un système d’imposition territorial, à une exonération des revenus étrangers accordée jusqu’en 2036, et à une convention qui répartit le droit d’imposer. Le pays reste fiscalement attractif sans pour autant mériter l’étiquette de paradis fiscal qu’on pourrait lui prêter.

Les points clés à retenir :

  • Critère des 183 jours : Votre résidence fiscale en Malaisie s’établit dès 183 jours de présence sur une année civile, ouvrant droit au barème progressif au lieu du taux fixe de 30 % réservé aux non-résidents.
  • Exonération des revenus étrangers : Les revenus de source étrangère rapatriés en Malaisie bénéficient d’une exonération d’impôt local jusqu’au 31 décembre 2036, sous réserve d’imposition dans leur pays d’origine.
  • Maintien de l’impôt en France : Vos revenus de source française (immobilier, plus-values, pensions publiques) restent imposables en France selon le régime des non-résidents.
  • Convention bilatérale anti-double imposition : La convention franco-malaisienne répartit le droit d’imposer et plafonne la retenue à la source française sur les dividendes, intérêts et redevances.
  • Fiscalité patrimoniale neutre en Malaisie : Le pays ne prélève aucun impôt sur la fortune (IFI local), ni droits de succession ou de donation sur les actifs détenus.

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Êtes-vous résident fiscal en Malaisie ? La règle des 183 jours

En Malaisie, votre statut fiscal dépend d’un critère de présence physique. Le seuil de 183 jours sur une année civile est le principal test de résidence, mais une présence plus courte peut aussi conférer ce statut par les règles de rattachement d’une année à l’autre. Le résident bénéficie du barème progressif et des abattements personnels. Un non-résident voit ses revenus d’activité et ses loyers de source malaisienne généralement imposés à un taux de 30 % sans abattement, certains revenus relevant de taux spécifiques. La première année d’installation reste donc la plus sensible.

Ne confondez toutefois pas les deux résidences. Votre statut malaisien ne règle pas votre situation française, puisque la France conserve ses propres critères et que c’est la convention qui tranche en cas de double résidence. Le cadre est détaillé dans le guide expliquant comment se détermine votre résidence fiscale.

Le système territorial malaisien : la Malaisie imposera-t-elle vos revenus français ?

Un territorial moins absolu depuis 2022

La Malaisie applique une imposition à base essentiellement territoriale. Selon les règles fiscales malaisiennes, tout revenu qui prend naissance en Malaisie ou en provient y est imposable, que vous soyez résident ou non. Les revenus de source étrangère échappaient longtemps à l’impôt local, mais cette lecture n’est plus exacte. Depuis le 1er janvier 2022, la logique tient en deux étages :

  • Vos revenus de source étrangère non reçus en Malaisie, laissés sur un compte français, restent hors du champ de l’impôt malaisien.
  • Vos revenus de source étrangère reçus ou transférés en Malaisie, notamment par un versement sur un compte local, sont en principe imposables depuis 2022.

Le pays du payeur ne suffit pas à déterminer la source du revenu. Un salaire versé par un employeur français peut être de source malaisienne dès lors que le travail est physiquement exercé en Malaisie. La même vigilance vaut pour les consultants, freelances et dirigeants qui opèrent depuis la Malaisie pour des clients ou des sociétés françaises : le compte sur lequel les sommes sont versées est sans incidence sur leur traitement fiscal.

L’exonération des revenus étrangers jusqu’au 31 décembre 2036

Une exonération vient toutefois neutraliser cet impôt pour les particuliers, jusqu’au 31 décembre 2036. Elle n’est pas automatique : le revenu doit en principe avoir déjà été soumis à l’impôt dans son pays d’origine, sous réserve des cas où cette condition est réputée satisfaite (seuil d’imposition, régime fiscal du pays source, exonération locale). Vous devez pouvoir justifier la source du revenu et son traitement fiscal à l’étranger. L’échéance elle-même peut évoluer : le budget malaisien peut la reconduire ou la supprimer. Mieux vaut la revérifier avant toute décision structurante.

Cette exonération ne joue toutefois que sur l’impôt malaisien, jamais sur l’impôt français : vos revenus de source française restent imposés en France dès l’origine, quoi que fasse la Malaisie. C’est précisément cette limite qui sépare un cadre attractif d’un paradis fiscal. La Malaisie accorde par ailleurs un crédit pour l’impôt déjà payé à l’étranger, dans la limite de sa propre imposition.

Pour loger vos capitaux dans une enveloppe adaptée à ce cadre, l’assurance-vie pour un résident en Malaisie fait l’objet d’une page dédiée.

Bon à savoir : l’exonération des revenus étrangers reçus en Malaisie neutralise l’impôt malaisien, jamais l’impôt français de source. Un dividende français reste soumis à la retenue française, un immeuble français reste taxé en France. La convention sert alors à éviter qu’un même revenu soit imposé deux fois.

La convention France-Malaisie : qui a le droit d’imposer quoi ?

La France et la Malaisie sont liées par une convention fiscale destinée à éviter les doubles impositions. Modifiée par un avenant puis par la convention multilatérale, elle s’applique aujourd’hui dans sa version consolidée. Pour chaque revenu, elle désigne l’État autorisé à imposer et plafonne certaines retenues. Pour les principaux flux de source française perçus par un résident de Malaisie, la répartition est la suivante.

Type de revenu (source France)Traitement conventionnel
DividendesRetenue plafonnée à 5 % pour une société détenant au moins 10 % du capital distributeur, 15 % sinon ; pour un particulier, la retenue française de 12,8 % s’applique et reste plus favorable
IntérêtsPlafond conventionnel de 15 % ; en pratique, de nombreux intérêts versés à un non-résident sont exonérés en droit interne français, hors cas particuliers
RedevancesRetenue plafonnée à 10 %
Prestations techniques, de gestion ou de conseilRetenue pouvant atteindre 10 % du montant brut, sous les conditions de l’article conventionnel
Revenus et plus-values immobiliersImposés au lieu de situation du bien : l’immobilier français reste imposable en France
Pensions privéesImposables dans l’État de résidence, donc en Malaisie
Pensions publiquesImposables en France
Double impositionPour un résident de Malaisie, la Malaisie accorde un crédit au titre de l’impôt payé en France, dans la limite de l’impôt malaisien correspondant

Ce crédit joue lorsqu’un revenu de source française, déjà imposé en France, entre aussi dans l’assiette malaisienne : la Malaisie impute alors l’impôt français, dans la limite de son propre impôt. Mais lorsque ce revenu bénéficie de l’exonération malaisienne des revenus étrangers, aucun impôt malaisien n’est dû et le crédit devient sans objet. La convention ne supprime donc pas l’impôt français : elle en plafonne le taux et l’articule avec l’impôt malaisien.

L’impôt sur le revenu malaisien : combien paie un résident ?

Une fois résident, vous relevez du barème progressif malaisien. Selon les règles fiscales locales, il part de 0 % sur les premiers revenus et grimpe par tranches jusqu’à un taux marginal de 30 %.

Revenu imposable annuel (résident)Imposition
Jusqu’à 5 000 MYR0 %
De 5 001 à 20 000 MYR1 %
De 20 001 à 35 000 MYR3 %
De 35 001 à 50 000 MYR6 %
De 50 001 à 70 000 MYR11 %
De 70 001 à 100 000 MYR19 %
De 100 001 à 400 000 MYR25 %
De 400 001 à 600 000 MYR26 %
De 600 001 à 2 000 000 MYR28 %
Au-delà de 2 000 000 MYR30 %

Ce barème frappe avant tout vos revenus de source malaisienne. Faute d’atteindre le statut de résident, vos principaux revenus d’activité et loyers de source malaisienne sont généralement imposés à 30 % sans abattement, ce qui pèse surtout sur l’année d’arrivée, avant que le seuil des 183 jours ne soit franchi.

Un atout démarque la Malaisie : le pays ne lève aucun impôt sur la fortune ni sur le patrimoine net, y compris sur vos actifs français. C’est la France qui, séparément, garde son droit d’imposer certains biens : elle peut continuer d’appliquer l’IFI sur votre immobilier français, détenu directement ou au travers de certaines sociétés, au-delà d’un seuil de patrimoine net taxable.

Si vous achetez un bien en Malaisie, sa revente relève d’un impôt local sur les plus-values immobilières, le Real Property Gains Tax. En tant que ressortissant étranger sans statut de résident permanent, vous relevez du barème le plus élevé, selon la réglementation malaisienne en vigueur :

  • Revente dans les cinq ans suivant l’acquisition : 30 % de la plus-value.
  • Revente au-delà de cinq ans : 10 %.

Cet impôt vise l’immobilier situé en Malaisie. Il ne se confond pas avec la taxation française qui frappe vos biens restés en France, traitée juste après.

Vos revenus restés en France : ce que la Malaisie ne neutralise pas

Vos revenus français ne disparaissent pas du radar fiscal parce que vous vivez en Malaisie. Ils relèvent du statut fiscal de non-résident et de ses obligations déclaratives, que la France encadre précisément.

Votre immobilier français

La vente d’un bien immobilier situé en France reste imposée en France, à hauteur de 19 % au titre de l’impôt sur le revenu, augmentés de 17,2 % de prélèvements sociaux sur la plus-value. Le taux réduit de 7,5 % ne vous concerne pas, car il vise les affiliés à un régime de sécurité sociale européen, ce qu’un résident de Malaisie n’est pas. Des abattements pour durée de détention s’appliquent, et une exonération spécifique aux non-résidents existe sous conditions.

Vos revenus mobiliers

Vos dividendes de source française supportent une retenue à la source de droit interne de 12,8 %, que la convention plafonne selon les limites vues plus haut. En revanche, les revenus et gains mobiliers d’un non-résident (dividendes, plus-values mobilières ou produits de rachat) échappent normalement à la CSG et à la CRDS. Ces contributions ne pèsent que sur l’immobilier de source française, comme le précise le régime des prélèvements sociaux du non-résident.

Vos pensions de retraite

Le traitement dépend de la nature de la pension. Une pension privée est imposable dans votre État de résidence, la Malaisie, où l’exonération temporaire des revenus étrangers peut toutefois en neutraliser l’imposition. Une pension publique française reste imposable en France. Cette distinction commande votre imposition réelle et vos démarches déclaratives, détaillées dans notre article consacré à la fiscalité de votre retraite en Malaisie.

Transmission et exit tax : anticiper avant de quitter la France

La Malaisie ne lève aucun droit de succession ni de donation. Cette absence d’imposition locale ne suffit pourtant pas à écarter les droits français. La France impose les biens situés en France, mais elle peut aussi atteindre certains biens situés à l’étranger lorsque le défunt, le donateur ou l’héritier conserve un lien de résidence fiscale avec la France (article 750 ter du CGI). La situation des héritiers doit donc être examinée autant que celle du détenteur du patrimoine.

Le départ de France appelle lui aussi une préparation. Si vous avez été résident fiscal français au moins six des dix années précédentes et détenez des titres d’au moins 800 000 € (ou des droits représentant au moins 50 % des bénéfices sociaux d’une société), quitter la France peut déclencher l’exit tax sur leurs plus-values latentes. Vers un État de l’Union européenne, le sursis de paiement est de plein droit. Vers la Malaisie, hors de ce cas, il n’est en principe pas automatique : il doit être demandé avant le départ, avec la constitution de garanties. Le calcul et les obligations qui en découlent dépendent trop de votre situation pour être tranchés ici, et relèvent d’un examen dédié en amont du changement de résidence.

Le visa MM2H change-t-il votre fiscalité ?

Le visa MM2H (Malaysia My Second Home) prête à confusion. Il s’agit d’un titre de séjour longue durée : à lui seul, il ne détermine pas votre résidence fiscale, qui dépend de votre présence et des critères du droit malaisien. Les supports officiels du programme mentionnent néanmoins certains avantages relatifs aux fonds ou revenus étrangers et aux produits de dépôts à terme ; leur portée exacte doit être vérifiée auprès de l’administration fiscale malaisienne (LHDN) et selon votre situation. Pour l’essentiel, votre imposition suit le droit commun vu plus haut.

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Les questions les plus posées

Comment déclarer son changement de résidence fiscale à l’administration française ?

Vous devez signaler votre transfert de domicile sur votre espace en ligne impot.gouv.fr. L’année suivant votre départ, vous remplirez le formulaire 2042-NR pour déclarer uniquement vos revenus de source française perçus après la date de votre installation en Malaisie.

Un non-résident peut-il conserver son Plan d’Épargne en Actions (PEA) en France ?

Oui, le transfert de résidence fiscale hors de France n’entraîne plus la clôture automatique du PEA. Les gains réalisés restent exonérés d’impôt français, bien qu’aucun versement complémentaire ne soit possible depuis un compte non-résident dans certains établissements.

Les plus-values de cessions d’actions boursières sont-elles imposées en Malaisie ?

La Malaisie n’impose pas les plus-values sur les valeurs mobilières et portefeuilles boursiers pour les particuliers. Seules les opérations sur titres de sociétés à prépondérance immobilière locale ou certaines cessions d’actifs professionnels spécifiques peuvent être soumises à taxation.

Quel est le traitement fiscal des crypto-actifs par l’administration malaisienne (LHDN) ?

LHDN ne taxe pas les gains en capital occasionnels issus du trading de crypto-monnaies par des particuliers. En revanche, si la fréquence et les volumes caractérisent une activité commerciale ou professionnelle habituelle, les bénéfices sont imposés au barème progressif de l’impôt sur le revenu.

Comment obtenir son numéro d’identification fiscale (TIN) en Malaisie ?

L’immatriculation s’effectue en ligne sur le portail e-Hasil du LHDN à l’aide de votre passeport et de votre justificatif de statut (visa/contrat). Ce numéro fiscal est requis pour souscrire vos déclarations locales et procéder à l’ouverture de comptes bancaires professionnels ou personnels.

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