SCI à l’IR ou à l’IS pour un non-résident : Comment trancher ?

Vous avez opté pour la SCI afin de détenir un bien en France depuis l’étranger ou vous vous apprêtez à le faire. Reste le choix qui va structurer votre fiscalité pour les années à venir : le régime de l’impôt sur le revenu ou celui de l’impôt sur les sociétés. Vu du non-résident, ce n’est pas le même arbitrage que le comparatif franco-français habituel. Ce que vos loyers coûtent chaque année, ce que votre revente laissera dans votre poche, ce que la distribution du bénéfice supporte, et surtout la réversibilité de votre choix : voici comment chaque étape se joue selon le régime, pour que vous puissiez comparer les deux régimes sur vos propres chiffres avant de décider.

Les points clés à retenir :

  • Un arbitrage spécifique : L’arbitrage entre l’IR et l’IS pour un associé non-résident obéit à des règles propres qui modifient profondément le rendement annuel et l’imposition finale par rapport à un résident français.
  • L’imposition immédiate à l’IR : Sous le régime de l’impôt sur le revenu, les loyers subissent le taux minimum de 20 % ou 30 % plus les prélèvements sociaux, mais la revente bénéficie d’abattements pour durée de détention.
  • L’avantage temporaire de l’IS : L’impôt sur les sociétés permet d’amortir le bien pour réduire, voire annuler, le bénéfice imposable annuel, offrant ainsi un gain immédiat de trésorerie durant la phase d’exploitation.
  • Le coût de sortie à l’IS : À la revente, la SCI à l’IS subit le régime des plus-values professionnelles sans aucun abattement pour durée de détention, avec une réintégration totale des amortissements qui alourdit la facture.
  • La double couche fiscale de l’IS : Les bénéfices logés à l’IS subissent une double taxation : d’abord au niveau de la société (15 % ou 25 %), puis lors de leur distribution à l’associé via une retenue à la source.

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Vous avez choisi la SCI : reste à trancher le régime fiscal

Détenir un bien immobilier français via une société civile immobilière quand vous vivez à l’étranger est une décision que vous avez déjà prise, ou qui se dessine. Un non-résident peut être associé d’une SCI, voire en constituer une : il n’existe ni condition de nationalité ni condition de résidence pour cela. Le point qui reste ouvert, et qui pèsera sur votre fiscalité chaque année et le jour de la revente, c’est le régime d’imposition de cette société.

Deux voies s’offrent à vous. Par défaut, la SCI relève de l’impôt sur le revenu et se trouve fiscalement translucide au sens de l’article 8 du CGI : la société n’est pas elle-même redevable de l’impôt, et ses revenus fonciers sont imposés directement entre les mains de chaque associé, à proportion de sa quote-part. Elle dépose alors une déclaration de résultats n° 2072, et vous reportez votre part sur votre déclaration de non-résident. La seconde voie consiste à opter pour l’impôt sur les sociétés au titre de l’article 206 du CGI : la SCI devient redevable de son propre impôt, dépose une liasse de résultats, et peut amortir le bien.

Cet article tranche l’arbitrage entre ces deux régimes du point de vue qui est le vôtre, celui du non-résident. Il ne revient pas sur la constitution de la société, le statut d’associé ou la transmission des parts : ces sujets sont traités dans le guide complet de la SCI pour un non-résident. Un préalable conditionne toutefois l’ensemble du raisonnement : votre statut fiscal. Avant d’aller plus loin, assurez-vous de bien déterminer si vous êtes résident ou non-résident fiscal, car c’est lui qui commande le taux minimum et l’application de la convention.

Pendant la détention : comment vos loyers sont imposés selon le régime

Une précision de périmètre avant d’entrer dans le détail : ce raisonnement vaut pour une SCI qui loue nu. La location meublée exercée de façon habituelle est une activité commerciale au sens fiscal, et elle fait basculer la SCI à l’impôt sur les sociétés de plein droit, quel que soit le régime que vous pensiez avoir choisi. L’administration ne tolère le maintien à l’IR que si les recettes commerciales restent accessoires, en pratique moins de 10 % des recettes totales. Si votre projet inclut du meublé ou de la location saisonnière, fréquente chez les non-résidents, ce point est à trancher avant même de comparer les deux régimes.

À l’IR : vos loyers imposés chez vous, associé non-résident

Sous le régime de l’impôt sur le revenu, la translucidité de la SCI vous place en première ligne. Votre quote-part de revenus fonciers de source française est imposée en France entre vos mains. En tant que non-résident, ces revenus supportent un taux minimum d’imposition de 20 %, porté à 30 % au-delà d’un seuil revalorisé chaque année par la loi de finances et fixé à 29 579 € pour les revenus perçus en 2025 (article 197 A du CGI), sauf si vous démontrez qu’un taux moyen calculé sur vos revenus mondiaux vous serait plus favorable.

À cette imposition s’ajoutent les prélèvements sociaux, dont le traitement dépend de votre affiliation sociale. Ils s’élèvent à 17,2 % sur les revenus fonciers ; le taux de 18,6 % issu de la hausse de CSG de 2026 concerne les revenus de placement, pas vos loyers. Mais si vous êtes affilié à un régime obligatoire de sécurité sociale dans l’Union européenne, l’Espace économique européen, la Suisse ou le Royaume-Uni, vous êtes exonéré de CSG et de CRDS et n’acquittez que le prélèvement de solidarité de 7,5 %.

Cette distinction change sensiblement le rendement net de votre location. Pour en mesurer la portée sur votre situation, appuyez-vous sur le régime des prélèvements sociaux des expatriés et plus largement, sur la fiscalité de l’immobilier pour les expatriés.

À l’IS : amortir le bien pour réduire le résultat imposable

L’option pour l’impôt sur les sociétés inverse la logique. La SCI devient redevable de son propre impôt, mais elle peut amortir le bien, c’est-à-dire déduire chaque année une fraction de la valeur de la construction, de ses composants et de certains travaux. Le terrain lui, ne s’amortit pas : l’économie d’impôt dépend donc aussi de la ventilation entre terrain et bâti retenue à l’acquisition. Cet amortissement réduit le résultat imposable pendant toute la phase d’exploitation, si bien que votre société affiche souvent un bénéfice faible, voire nul, pendant plusieurs années de détention.

Sur ce résultat, le taux normal de l’impôt sur les sociétés est de 25 %. Un taux réduit de 15 % s’applique sur la fraction de bénéfice jusqu’à 42 500 €, à trois conditions cumulatives :

  • un chiffre d’affaires n’excédant pas 10 millions d’euros,
  • un capital entièrement libéré
  • une détention à 75 % au moins par des personnes physiques.

La plupart des SCI patrimoniales familiales remplissent ces conditions, mais ce taux réduit n’a rien d’automatique et suppose de les vérifier. Pendant la détention, l’IS peut donc soulager votre trésorerie locative. La contrepartie, elle, vous attend à la revente.

À la revente : le pivot de l’arbitrage

C’est ici que votre choix de régime révèle son coût réel. Le traitement de la revente sépare radicalement l’IR et l’IS, et c’est presque toujours de ce moment que dépend le régime le plus avantageux pour vous. La sortie a d’ailleurs son formalisme propre : selon votre pays de résidence et le prix de cession, la désignation d’un représentant fiscal accrédité en France peut être exigée, avec des dispenses notamment pour les résidents de l’UE et de l’EEE ou les cessions n’excédant pas 150 000 €.

À l’IR : le régime des plus-values des particuliers

Quand votre SCI relève de l’impôt sur le revenu, la cession du bien, ou celle de vos parts dans une société à prépondérance immobilière au sens de l’article 244 bis A du CGI, relève du régime des plus-values immobilières des particuliers. Pour un non-résident, la plus-value est imposée à 19 % au titre de l’impôt sur le revenu, auxquels s’ajoutent les prélèvements sociaux.

Ce régime ouvre surtout droit à des abattements pour durée de détention, et c’est votre atout principal si vous conservez le bien longtemps. Vous êtes exonéré d’impôt sur le revenu au bout de 22 ans de détention, et de prélèvements sociaux au bout de 30 ans, selon deux barèmes progressifs distincts. Deux exonérations spécifiques peuvent en outre s’appliquer, à ne pas confondre :

  • d’une part, l’exonération ouverte aux ressortissants de l’Union européenne ou de l’EEE ayant été fiscalement domiciliés en France au moins deux ans avant la cession, plafonnée à 150 000 € de plus-value nette imposable par cédant et soumise à des conditions de délai ;
  • d’autre part, l’exonération de l’ancienne résidence principale, qui suppose que le logement était bien votre résidence principale au jour de votre départ de France, que la cession intervienne au plus tard le 31 décembre de l’année suivant ce départ et que le bien n’ait pas été mis à la disposition d’un tiers, à titre gratuit ou onéreux, entre-temps.

Elle peut jouer quand le logement est détenu via une société de personnes, mais une SCI qui a donné le bien en location après votre départ ferme en pratique cette porte. À l’autre extrémité, si votre plus-value nette imposable dépasse 50 000 €, une taxe supplémentaire de 2 à 6 % selon son montant s’ajoute au chiffrage de sortie. Pour situer ces mécanismes dans leur cadre, vous pouvez approfondir l’imposition des biens immobiliers situés en France.

À l’IS : la plus-value professionnelle, le piège de l’amortissement

Sous le régime de l’impôt sur les sociétés, la revente ne relève plus des plus-values des particuliers mais des plus-values professionnelles. Et c’est là que le gain de trésorerie encaissé pendant la détention se retourne contre vous. Les amortissements que vous avez pratiqués sont en principe réintégrés dans le calcul de la plus-value imposable : plus vous avez amorti, plus la base taxée à la revente est élevée. Surtout, aucun abattement pour durée de détention ne vient réduire cette plus-value professionnelle.

Le contraste avec l’IR est frappant. Là où un associé à l’IR qui a gardé son bien voit sa plus-value s’effacer avec le temps, la SCI à l’IS peut se retrouver à taxer une plus-value d’autant plus lourde qu’elle a longtemps amorti. Le soulagement fiscal de la détention se paie donc à la sortie. C’est le point que le comparatif générique escamote et qui, pour vous, doit être chiffré avant toute décision.

Dernière distinction avant de chiffrer : ce raisonnement vise la vente de l’immeuble par la SCI. Si c’est vous qui cédez vos parts, l’analyse devient celle d’une cession de titres d’une société à prépondérance immobilière, où la convention fiscale de votre pays de résidence pèse lourd. Les deux scénarios de sortie ne se valent pas et se chiffrent séparément.

La distribution du bénéfice à l’IS : une seconde couche pour le non-résident

Un dernier étage distingue l’IS de l’IR, et il concerne directement votre situation d’associé non-résident. Sous le régime de l’impôt sur le revenu, la translucidité vous a déjà imposé sur votre quote-part de résultat : lorsque la trésorerie remonte vers vous, il n’y a pas de seconde imposition. La transparence a joué une seule fois.

Sous le régime de l’impôt sur les sociétés, la mécanique est différente. Le bénéfice a d’abord supporté l’IS au niveau de la société. Quand ce bénéfice vous est ensuite distribué en tant qu’associé personne physique non-résident, il constitue un dividende de source française, qui supporte en principe une retenue à la source en France, au taux de droit interne de 12,8 % pour une personne physique. Ce taux peut être réduit, voire supprimé, par la convention fiscale bilatérale conclue avec votre pays de résidence.

Vous vous trouvez donc face à une double couche propre à l’IS : l’impôt sur le bénéfice, puis l’imposition de sa distribution. Le taux effectif qui s’appliquera à vous dépend de votre convention, ce qui rend le chiffrage individuel indispensable pour comparer honnêtement les deux régimes.

Bon à savoir : l’arbitrage IR / IS mêle plusieurs opérations qui ne relèvent pas du même régime fiscal ; la location nue ou meublée, la vente de l’immeuble par la SCI, la cession de vos parts, la distribution de la trésorerie et la transmission. C’est précisément parce que ces étages s’empilent qu’un chiffrage global vaut mieux qu’une règle générale.

IR ou IS : le tableau comparatif vu du non-résident

Voici, étape par étape, ce que chaque régime implique pour vous. Ce tableau ne réexplique pas les mécanismes détaillés plus haut : il les met en regard pour que vous puissiez situer votre propre projet.

Vu du non-résidentSCI à l’IR (translucidité)SCI à l’IS (option)
Imposition des loyersChez vous, associé : 20 % / 30 % (taux minimum, art. 197 A)Au niveau de la SCI, après amortissement : 25 % (15 % jusqu’à 42 500 € sous conditions)
Prélèvements sociaux17,2 % ou 7,5 % si affilié UE / EEE / Suisse / RUPas de prélèvements sociaux sur le résultat imposé à l’IS (la fiscalité des distributions s’applique ensuite)
Amortissement du bienNonOui, réduit le résultat imposable pendant la détention
ReventePlus-values des particuliers : abattements 22 ans (IR) et 30 ans (PS), exonérations possiblesPlus-value professionnelle : amortissements réintégrés, aucun abattement de durée
Distribution du bénéficeDéjà imposé chez vous : pas de seconde coucheRetenue à la source sur la distribution, sous réserve de la convention
Réversibilité du choixRégime de droit commun de la SCIOption renonçable jusqu’au 5e exercice, puis définitive
Profil qui s’y retrouveHorizon long, conservation, transmission, revente à terme sous abattementsTrésorerie locative, capitalisation dans la société, sortie à chiffrer impérativement

Bon à savoir : les chiffres de ce tableau ont été vérifiés sur les sources officielles en vigueur début juillet 2026. Sur des sujets révisés chaque année par la loi de finances, comme le seuil du taux minimum ou le taux des prélèvements sociaux, vérifiez la valeur applicable à votre exercice avant toute décision.

Alors, IR ou IS ? Ce qui doit guider votre choix

Aucun régime n’est supérieur dans l’absolu. Le bon choix dépend de deux variables que vous seul connaissez : votre horizon de détention et votre projet pour ce bien. Une fois posées, elles orientent la décision plus sûrement que n’importe quel comparatif de taux.

Si vous vous inscrivez dans une logique de conservation longue, avec l’idée de garder le bien puis de le transmettre, le régime de l’impôt sur le revenu pèse lourd en votre faveur. Ses abattements pour durée de détention effacent progressivement l’imposition de la plus-value, et vous évitez la réintégration des amortissements.

À l’inverse, si votre priorité est de maximiser le rendement locatif sans revente envisagée à court ou moyen terme, l’amortissement propre à l’IS peut se défendre, car il allège l’impôt tant que vous ne vendez pas. Entre ces deux profils, tout se joue sur la probabilité et l’échéance de la revente.

Une troisième variable se superpose : la convention fiscale de votre pays de résidence. C’est elle qui répartit le droit d’imposer entre la France et votre État, et qui détermine le sort de la retenue à la source sur les dividendes comme l’articulation de votre imposition. Le même bien, détenu par un résident de deux pays différents, ne débouche pas sur le même arbitrage.

Enfin, si la transmission fait partie de votre horizon, la SCI facilite la donation progressive de vos parts, y compris de parts démembrées, dont la nue-propriété est transmise pendant que vous conservez l’usufruit. Ce levier se prépare en amont et fait l’objet d’un traitement dédié dans le démembrement temporaire pour les non-résidents.

Gardez enfin en tête que cet arbitrage ne règle pas la question de l’IFI : non-résident, vous restez imposable sur vos biens immobiliers situés en France, y compris détenus via des parts de société, sous réserve de la convention applicable ; le sujet est développé dans l’IFI pour les expatriés. Chacun de ces critères pousse vers un chiffrage sur votre situation plutôt que vers une règle générale.

Peut-on revenir en arrière ? L’option IS se referme au 5e exercice

Cette question mérite une réponse nette, car elle transforme un choix technique en décision engageante. Depuis la loi de finances pour 2019, une SCI qui a opté pour l’impôt sur les sociétés peut renoncer à cette option jusqu’au cinquième exercice suivant celui au titre duquel elle a été exercée (article 239 du CGI). Passé ce délai, l’option devient irrévocable.

Autrement dit, vous disposez d’une fenêtre pour corriger le tir, mais elle se referme. Une fois cette fenêtre passée, une erreur d’arbitrage ne se rattrape plus, et son coût réel, vous l’avez vu, se révèle surtout à la revente, parfois des années plus tard. C’est précisément pour cette raison qu’il vaut mieux faire chiffrer les deux scénarios avant d’opter, plutôt que de découvrir la facture au moment de vendre. Le bon régime n’est pas celui qui allège votre impôt cette année, mais celui qui reste cohérent avec votre projet jusqu’à la sortie.

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Les questions les plus posées

Quelles sont les obligations comptables spécifiques d’une SCI à l’IS pour un non-résident ?

La SCI à l’IS doit obligatoirement tenir une comptabilité commerciale rigoureuse (bilan, compte de résultat) et télétransmettre une liasse fiscale annuelle. Cela engendre des frais de secrétariat et d’expert-comptable qui restent facultatifs pour une SCI à l’IR.

Comment sont traités les déficits selon le régime fiscal choisi ?

À l’IR, les déficits fonciers s’imputent sur vos autres revenus fonciers français ou se reportent pendant 10 ans. À l’IS, le déficit est propre à la société et se reporte indéfiniment sur les bénéfices futurs, sans limitation de durée.

L’IS permet-il de déduire les frais d’acquisition du bien immobilier ?

Oui, une SCI à l’IS peut déduire immédiatement les frais de notaire et d’agence des bénéfices ou les amortir sur plusieurs années. À l’IR, ces frais de mutation ne sont jamais déductibles des revenus fonciers.

Peut-on distribuer de l’argent aux associés sans déclencher la retenue à la source à l’IS ?

Le remboursement d’un compte courant d’associé s’effectue en franchise totale d’impôt et de retenue à la source. Tant que la SCI rembourse cette dette de financement à son associé, aucune imposition sur les dividendes n’est due.

Peut-on loger des parts de SCPI dans une SCI à l’IS pour un non-résident ?

Oui, et cela permet de capitaliser les dividendes des SCPI au sein de la société sans frottement fiscal immédiat au niveau de l’associé non-résident, contrairement à l’IR où ils subissent la taxation directe.

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